Esquissé passé, Larrasoaña, 20 mai 2017

Il explique son voyage, sa conjointe, la fille de celle-ci, plein de choses, quoi… Elle pointe le voisin:

-And him?

-I brought him because nothing happens in his life.

[beaucoup de gens sur le Camino; nous étions plus de 200 au refuge de Roncesvalles. Peu d’entre nous parlons français…]

Images du voyage (2)

Pour qui se pose la question: oui, il y a des ronces à Roncevaux!


Nous avons été dépassés par des vieux dans une montée et par des jeunes dans une descente juste après…


Il y a des gens, assez nombreux, qui font le Camino en vélo! Respect.

Esquissé passé, Villava, 21 mai 2017

Une demi-douzaine de gamines jouent sur un genre de tourniquet en forme de sapin. Une autre gamine, un peu plus loin, qui a la garde d’une toute petite dans une poussette, se sert d’un gros pistolet à eau pour arroser les tourneuses. La plus petite des tourneuses crie à chaque tour, avec délectation, lorsqu’elle se trouve arrosée; l’arroseuse la vise à tous les coups. Les deux attendent le passage suivant avec délectation.

Moment saisi, Larrasoana, 21 mai 2017

Tadasana

Le plancher dur et froid

le chant des oiseaux de Navarre

L’air frais du matin

un chien qui jappe, une auto qui passe

Tina qui gargouille en écrivant son journal

Les autres clients qui déjeunent, tout en bas

Plénitude

Larrasoaña, souper (20 mai 2017)

Nous avons soupé dans l’unique restaurant de Larrasoaña. Après une longue attente, une table se libère et nous nous retrouvons assis à côté de deux Allemands qui font le Camino. Il y a là Jürgen et Bernhard. Je suis fasciné par Bernhard, qui a presque le prénom de mon grand-père, et qui, en prime ressemble énormément à mon oncle Luc, c’en est presque troublant.

Jürgen, lui, a beaucoup de jasette. Il remarque que, sur le chemin, nous sommes un peu tous comme une grande famille, puis, lorsqu’il découvre que Tina parle allemand, il ne se peut plus de joie et hop, la conversation s’engage; je suis rapidement largué, sauf lorsque Jürgen, ayant appris que je suis violoncelliste, demande si je suis une star dans mon pays. Tina ajoute qu’au fond, ils ne savent rien de ce que je fais, peut-être que je suis une star…

(Tina me fait beaucoup penser à Briga, pour ceux qui la connaissent, y compris par l’entregent)

À la fin du repas, surprise: Jürgen nous invite tous les deux… Il paie puis Bernhard et lui partent. Tina finit d’écrire un courriel à son père (il y a un wifi qui fonctionne pour son cell au resto). Pendant ce temps, les deux petites filles du patron, la grande qui doit commencer son école primaire et la petite, qui marche tout juste à quatre pattes, jouent au beau milieu de la salle.

Retour à la pension (qui n’en est pas une au sens français du terme, finalement), yoga restaurateur, brossage de dents et dodo.

p.s. Maintenant qu’elle sait que j’écris, Tina, qui ne parle pas français, me demande de lui traduire mes récits…

English digest: we’ve been treated for the dinner by a German guy who wonders whether I am a star in Canada…

Aucune photo ne pourra rendre justice à la beauté de ce matin de Macaye.

Pensées pour Micheline, qui fait des photos magnifiques de matins qui doivent, dans la vraie vie, être sublimes.

De Roncesvalles à Larrasoaña (2e étape, 20 mai 2017)

J’ai oublié, hier soir, de noter notre aventure du jour: nous sommes descendus du dernier col vers Roncevaux par le chemin dans la forêt… Ça peut sembler anodin, dit comme ça… mais hey, c’est hyper pentu et, hier, presque intégralement boueux. Limite casse-gueule, quoi.

Ce matin, nouvelle aventure: dans la salle wifi, j’attendais Tina, qui était partie prendre sa douche à l’étage où, en principe, nous n’avions pas le droit d’aller prendre notre douche. Comme je disais, ça lui a pris beaucoup de temps… Tellement de temps, en fait, que les bénévoles sont passés et… m’ont proprement éjecté de la salle wifi et même de l’immeuble en entier!

-Oui, mais j’attends quelqu’un! (Elle m’avait confié la garde de tout son matériel: sac, cellulaire, bottes, bâtons, coupe-vent…).

-Il est ici!

-C’est pas un homme, c’est une femme!

-Elle est sortie!

-Non, elle est dans la douche au premier étage!

-Nous sommes passés trois fois partout, il n’y a plus personne! Allez voir aux deux cafés, dehors, vous allez certainement la retrouver!

-Mais, j’ai ses bottes et son coupe-vent (et aussi tout son linge, hormis le pyjama, mais je n’avais pas noté ce détail, à ce moment-là).

-Eh, tout le monde est sorti, et nous, à 8 heures, on ferme et on fait le ménage pour les suivants!

Je paraphrase largement, mais c’était le sens général. Elle a fini par tellement me convaincre que je suis allé sous le porche, passé l’autre bout de la cour, pour… attendre, mettre mon poncho (il pleuviotait), voir si quelqu’un arrivait… en me demandant combien de temps je devrais attendre, si par hasard elle était vraiment au café, ce qui me semblait invraisemblable, mais la dragonne à la porte était tellement convaincante!…

Finalement, comme j’allais partir, avec mon sac, mon poncho, mes bâtons, plus le sac, les bottes, le coupe-vent, les bâtons de Tina, voilà qu’elle apparaît sous le porche à son tour… Elle venait d’être mise à la porte, elle aussi, aprés avoir vachement surpris une femme de ménage qui ne s’attendait plus à voir personne, et s’être fait chicaner par la dragonne.

Nous étions mutuellement vraiment contents de nous revoir!

Après, ben nous avons pris le déjeuner au village suivant, puis marché dans un temps qui s’améliorait sans cesse, jusqu’à une fin d’après-midi, ma foi, très agréable, voire limite trop chaude, en passant par des coins de pays qui auraient tous mérité d’être photographiés, avec des petits ruisseaux et des petits ponts ou des passages à gué, des animaux de ferme, des vallons, des villages… C’était magnifique!

Le pays basque français est très beau, l’espagnol aussi. Je lis « Navarra » partout et je pense à André…

Rendus à Larrasoaña, petit luxe: nous nous sommes offert une chambre triple dans une pension plus chic… Pas de réveil en fanfare à six heures demain matin!

… Il se pourrait tout de même qu’un des enseignements du Camino soit d’accepter et de prendre ce qui passe…

Je repense à ce conseil d’un autre de mes professeurs, Julius Berger, qui m’avait dit, après ma seconde académie à Salzbourg: « Enjoy life, Nicolas! »

English digest: Tina went missing until expelled from the refuge, ten minutes later. Then, we walked a lot.

Roncesvalles, suite… (premier matin sur le chemin)

  • Nous avons été réveillés par les bénévoles qui sont passés dans les dortoirs en chantant un hymne latin!

Le tout après une nuit assez ordinaire; brutal contraste avec celle de la veille. Faut dire que mon décalage m’a rattrapé. Je me suis endormi immédiatement à 22h, mais mon cerveau de Montréalais a calculé que je faisais certainement juste une petite sieste… Et glouk! réveillé à minuit 45…

Et là, j’ai expérimenté ce dont on m’avait parlé: les ronflements, les mouvements pour aller aux toilettes (on comprend vite pourquoi ça s’appelle des flip-flops! Et aussi la lourde porte vers les toilettes extérieures, car il n’y en a pas à l’intérieur, au sous-sol où nous sommes… Il fait 7 dehors, juste pour dire; nous trichons et allons à l’étage. Je me rendors finalement, pour être réveillé de nouveau vers 5h, car il y a une vague de départs. Vers 5h42, vague de flatulences. Puis, à 6h09, hymnes latins.

Dans le dortoir, à part Tina et moi, il y a un couple, deux femmes qui cheminent ensemble, un cycliste et je pense que le reste étaient des hommes. Il y avait douze lits.

Mes rencontres d’hier: Daniel est un beau jeune homme (je dirais fin vingtaine; je crois qu’il est parmi les plus jeunes) presque trop parfait, il respire le chic, en forme, cheveux impeccables, très gentil au premier abord mais marche vraiment trop vite pour ma forme actuelle.

Tina, mi trentaine, a une voix grave, de très beaux yeux bleu clairs et un rire chaleureux. Qu’est-ce qui fait que nous marchons ensemble? Pour elle, je ne sais pas… Mais pour moi, je dois dire que son expérience de la randonnée et spécifiquement du trekking (des bâtons de marche, en particulier!) me rassure. Je me sens tellement débutant dans tout cet ensemble! J’imagine que ça va me prendre quelques jours pour me trouver une erre d’aller.

Hier soir, en arrivant, Tina suggérait de chercher une place dans un plus petit gîte, disant que c’est plus confortable, plus chaleureux, qu’il y a moins d’attente aux douches et aux toilettes, bref, des tas d’avantages… Ce matin, lorsque les chanteurs sont passés, elle était roulée en boule dans son sac de couchage!

Il y a une manière de confraternité parmi les marcheurs et… Bon, nous allons être foutus dehors à 8h, j’ai oublié la fin de ma phrase. Tina est allée prendre une douche, ma foi, ça lui prend autant de temps qu’à mes anciens colocs…

… Tiens, anciens colocs, ça me rappelle qu’hier, j’ai pensé à celui qui avait été dans l’armée et avait marché en dormant, appuyé sur l’épaule d’un camarade…

En plus, je me suis souvenu que j’avais dit à Gaël de saluer les gens du cours du jeudi 15h30 en disant où j’étais, et j’ai totalement oublié de le faire… À 21h34, heure locale, je croulais de sommeil à Macaye!

Saint-Jean-Pied-de-Port à Roncevaux (jour 1, 25 km)

Donc, je suis parti du bureau d’accueil où tous les gens qui font le chemin sont enregistrés (oui!) et orientés. J’ai eu affaire, au total, à trois Québécois!

En sortant, je descends la petite côte vers la petite place devant l’église. J’entre dans l’église; nous avons joué ici, Les Petits Violons, lors de notre tournée de 1992.

Je sors et traverse le petit pont sur la Nive, à la recherche d’une collation pour ma journée de marche. Je m’aperçois pour commencer que j’ai pris toute la pile des feuilles de cartes de la ville, sur la table du bureau d’accueil! Bon; je vais aller la reporter.

… Ouain, finalement, en la remontant, je ne pense plus que c’est une petite côte de rien!

Je m’aperçois que je n’ai pas d’ustensiles de camping. J’entre dans une boutique qui annonce tout ce qu’il faut pour le randonneur. La chanson qui joue à la radio? Si j’étais un homme!!!

En sortant, je me trouve un sandwich; le boucher, qui n’avait pas de monnaie pour mon 50 euros, me fait une réduction substantielle. À gauche après le petit pont! Bon, je commence enfin la montée; 10h viennent de sonner à l’horloge de l’église.

Au début, ça grimpe raide puis ça redescend un petit peu, une fois ou deux. Ensuite, ça grimpe raide. Ensuite, ça grimpe raide. Ensuite…

Autant marcher avec des comparaisons valables. Cyclistes: imaginez monter Camilien-Houde quinze fois; outremontais, imaginez monter Pagnuelo et McCulloch vingt-quatre fois; violonistes, altistes et violoncellistes: imaginez jouer onze pages de tremolos en ronde, entre mf et ff, à 40 à la croche; yogis, imaginez le Guerrier 1, décollez la langue du palais, détendez les muscles du visages, on tient ça encore pour 427 358 respirations.

Après ça, vous seriez rendu(e)s au refuge d’Orisson, à environ 700 mètres, et il vous restera encore à vous rendre à 1410 mètres d’altitude pour passer le col vers l’Espagne. Vous aurez tout de même le droit de prendre une pause au refuge.

Plus on monte, plus c’est beau, faut bien le dire.

La condition essentielle pour marcher avec quelqu’un, c’est de marcher au même rythme. J’ai fait quelques pas avec Daniel, jeune et sympathique homme d’affaires brésilien, mais il marche décidément trop vite pour moi. Je croyais que Tina, à peine moins jeune et au moins aussi sympathique réceptionniste slovène, marchait nettement plus vite que moi lorsque, deux fois, elle m’a dépassé en compagnie d’un belge, mais elle s’est arrêtée, donc, et finalement montait à ma vitesse. Nous avons donc fait route ensemble, après Orisson.

Il y a eu de la pluie, des chevaux, des vaches, des paysages de plus en plus beaux, encore de la pluie, encore plus de pluie, des nuages, puis un moment de soleil pour voir Roncevaux, puis une descente en forêt éprouvante, puis un souper et une bière tellement bienvenus…

Je ne pourrai pas mettre de photos en ligne, c’est le couvre-feu dans deux minutes…

p.s. Photos mises en ligne le 27 mai.

english digest: I walked and climbed a lot, it rained a lot, it was beautiful.

Esquissé passé 18 mai 2017

-Jeu mannge toujours au lannce-pierreu, ça fait vinngt anns que jeu suis à la retraiteu, jeu n’ai pas channgé de manièreu.

(quelques minutes plus tard, elle a payé, le mari sort de table à son tour et s’adresse à nous, en passant:)

-Ça y est, il a fini…

(Note: l’écriture est pour donner une idée de la sonorité réelle de la phrase aux gens qui ne sont jamais allés dans le sud de la France)