La chaise du dedans (esquissé passé, Outremont, lundi 10 juillet 2017)

J’accompagne mon ami qui visite ses parents dans leur résidence.

Salle à manger; des cas plus ou moins lourds, des gens plus ou moins autonomes, quelques lamentations; des aides-soignantes qui servent les repas et assistent certains résidents; dans bien des assiettes, des purées de couleurs et de formes diverses, pour rappeler les ingrédients d’origine (une escalope et des haricots, en particulier…); des verres de jus de pommes additionnés de calcium, des bouchées prises avec des grimaces; de grands moments de silence; une dame qui se caresse le tour de la bouche à longueur de temps et qui semble, à toutes fins utiles, quasiment aveugle; des mouvements malaisés, des encouragements répétés et nécessaires mais insuffisants; des questions auxquelles les réponses sont trop souvent « non »…

Mon ami me regarde, tente de rester positif et dissimule un petit morceau de son accablement sous un demi sourire:

-Toute une ambiance!…

-Ha!

Nous nous retournons vers celui qui vient de parler: le voisin de table de mon ami, un homme en chaise roulante, les cheveux gras, rares et poivre et sel, un genre de pansement transparent au coude gauche sur une éraflure assez vaste; il a tout de même le relatif privilège de s’être fait servir de véritables haricots et une véritable escalope. J’avais remarqué, au cours de quelques échanges qu’il avait eus avec le personnel, qu’il semblait beaucoup plus réveillé que la moyenne des convives. Après une bouchée en silence, il s’adresse à mon ami:

-Toé, t’es dans ‘a chaise de dehors; moé, chus dans ‘a chaise de d’dans…

Il continue de manger, nous compatissons en silence.

Esquissé passé, funérailles à Outremont, 1er juillet 2017 (2)

-« …C’était magnifique, votre musique! C’est-tu toi qui étais derrière le, le…  ? [il s’adresse à moi en parlant du buffet de l’orgue]

-Non, moi j’étais au violoncelle.

-Ah, ben… C’tait bien…

-Bien pareil?

Il se tourne vers la flûtiste:

-Ah … la flûte, moi c’est, moi c’est…

Et il a assez serré de mains, alors il s’en va (après tout, parmi les parents amis et collègues, il fait partie de la troisième catégorie). La flûtiste me regarde en souriant très très largement:

-Moi c’est, moi c’est… Moi c’est quoi?!

[Merci Manon pour la correction!]

Esquissé passé, Montréal, mercredi 28 juin 2017

La maison au coin de la rue est en travaux de remplacement des portes et fenêtres. Il y a, sur le côté, des rubans d’accès interdit, des cônes oranges et une nacelle mécanique stationnée le long du trottoir. Un petit vieux, pantalons gris clairs, gilet de laine gris bleuté clair, casquette de laine beige, s’engage à petits pas lents entre les cônes et l’engin… Je contourne par la rue.

Rendu vis-à-vis la perche de l’engin, je vois le petit vieux tout courbé qui passe sous ladite perche; il y a une grosse plaque métallique juste à côté de sa trajectoire. Je lui dis: « Attention à votre tête! »

Il se relève un petit peu, me lance un minuscule regard, se recroqueville tout de suite en criant « Aouh! »…

… Puis se relève tout de suite, « Scusez-la! », deux yeux bleus bien clairs sous la visière, un regard de vieux sacripant content de sa blague. La dame qui me suit rigole.

Esquissé passé, Navarre, 24 mai 2017

« I don’t want to make the wrong mistake again! »

(un marcheur anglais qui s’était perdu, quelque part entre Pamplona et Logroño; j’avais pris une note mais je crois que j’avais oublié de la publier…)

Esquissé passé, Galice (ou Galicie?), 20 juin 2017)

Je vois un chat couché en sphinx dans un champ, et un peu plus loin un étourneau qui s’approche en marchant vaguement vers le chat. Le chat fait comme s’il ne percevait rien…

J’aimerais voir la suite, mais je suis en autocar et trop vite passé…

Quelle différence, marcher, pouvoir « vivre » les paysages traversés…

Esquissé passé, hameau en Espagne, dimanche 18 juin 2017

J’entends un tracteur approcher, derrière la maison qui cache l’angle du chemin. Il y a d’abord un grand chien noir qui arrive en courant, s’arrête pile au coin, se retourne un bref instant et repart en courant et me croise sans un regard, tout occupé et content d’ouvrir le chemin au tracteur. Le fermier, lui, répond à ma salutation d’un geste et d’un « ¡Ola! » que je lis sur ses lèvres à travers la vitre de la cabine.