Carnet de voyage, aéroport CDG terminal 3, mardi 25 juin 2019

Il y a des banques de dépôt de bagages. Pour y accéder, il faut être passé par les bornes d’enregistrement libre-service. Est-ce un bénéfice pour les passagers? Non; ça ne permet vraiment pas de sauver du temps. D’ailleurs, il y a plein d’agents disponibles pour aider les passagers perdus entre les écrans et les fonctions. Le vrai but, c’est d’avoir, au total, moins d’agents et de les payer moins cher. Parce qu’en fait, le libre-service, c’est de sous-traiter l’ouvrage aux amateurs que nous sommes.

Je ne sais pas trop pourquoi, mais ça me fait penser que j’ai entendu dire que les ventes d’instruments de musique sont tellement en baisse que plusieurs fabricants ne feront tout simplement plus de modèles intermédiaires, par exemple pour les guitares. Il va encore y avoir des instruments de base et des haut de gammes, mais au milieu, le vide. Par contre, les ventes dans la musique électronique sont en hausse…

Privilège et coup de chance, Fête de la Musique, Paris, vendredi 21 juin 2019

J’ai raconté, il y a deux ans, par quel espèce de prodige j’avais trouvé un violoncelle à Paris, en quelques heures, pour jouer avec ma cousine pour la Fête de la Musique. Cette année, comme je savais que j’allais être en Europe avec mon violoncelle, j’ai écrit à Frédéric Deville, le violoncelliste aux fromages qui m’avait si aimablement prêté son instrument de secours.

Mon message lui a donné l’idée d’organiser une réunion de violoncellistes pour la Fête de la Musique. Faut dire, d’une part, que chez Saisons fromagerie, il y a une fête, donc un concert, à chaque changement de saison, et bon, la Fête de la Musique a le bon goût d’avoir lieu au solstice d’été, et d’autre part qu’il semble y avoir une concentration de violoncellistes dans l’entourage de la rue du Grenier-Saint-Lazare, encore plus impressionnante que celle autour du métro Beaubien!…

Frédéric a tout organisé, côté musique, cartables, pupitres, répertoire, ordre, et Mariette et lui ont concocté une superbe soirée gastronomique et musicale. Le public ne s’y est pas trompé: il y avait de plus en plus de monde, sur scène, enfin, je veux dire en train de jouer devant la boutique, et dans le public. Ça a commencé exactement comme mon premier set de samedi dernier, par le Prélude de la première Suite de Bach, suivi par une impro avec violoniste, puis un duo de violoncellistes, puis un trio , puis un quatuor, puis un quintette (Après un rêve, avec altiste invitée), puis un ragtime en sextuor, puis la pause, pour vendre de la bière ou autre chose, puis retour aux affaires, avec de plus en plus de violoncellistes, d’autres rags, du Handel, puis le 2e mouvement de la Bachianas Brasileiras No. 1, avec alto solo pour le premier solo.

Et le tout, sans répétition! Nous nous sommes lancés, comme ça, allez, hop, go! Frédéric présente le nouveau ou la nouvelle, puis on joue. Des fois, on cherche le cartable avec la bonne musique, un rag en a un peu souffert mais c’est le seul incident de la soirée. Pour le reste, l’autre point commun avec Kulturräume a été les tonnes de bonheur pour tout le monde, participants et spectateurs. Faut dire que Frédéric avait mis le paquet sur les plateaux de fromages et de charcuteries et sur ce qu’il nous a servi. Pur régal!

Tout ceci pour dire que d’y être et de participer en jouant a été un autre privilège. Merci Frédéric, mais aussi Régis (le violoniste), Michèle, Paul, Amélie, Béatrice (l’altiste), Solène, Stéphane et Jean-Philippe, sans oublier Mariette!!!

Ruis, l’ami de Frédéric qui m’a filmé, est, si j’ai bien compris, le fournisseur des nouveaux vélos de Vélib’, la version parisienne de Bixi… Il m’en a fait essayer un, du modèle avec assistance électrique. Ouah! Ça décolle!

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Cela dit, les meilleures choses ayant une fin, il a bien fallu que je rentre. C’est ici que ce billet redevient un carnet de voyage. Car il y a des transports en commun pendant toute la nuit, à Paris, à certaines occasions, dont la nuit de la Fête de la Musique, ce qui est très bien. Ça ne veut pas dire, par contre, que les horaires sont normaux.

J’ai souvent l’impression, vu de Montréal, que les transports en commun parisiens sont quelques peu meilleurs que les nôtres… Maillage, plus fin, réseaux plus étendus, offre de métro plus abondante, en particulier… Mais…

Mais Paris se refait une beauté, en vue des Jeux Olympiques qui approchent, en tout cas, c’est le prétexte (ou un des prétextes) pour faire des tas de travaux, en particulier sur les lignes de métro. La fromagerie Saisons est sur la rive Droite, pas loin de Beaubourg, et la maison de ma cousine est pas loin d’Orly, donc rive gauche. Il y a un point de correspondance vraiment pratique entre là où je suis et la ligne RER C, un seul, c’est la station St-Michel-Notre-Dame… et elle est en travaux, donc fermée. Ppas loin de minuit, je vois que si j’arrive à partir là, là, je vais attraper le métro 14 puis le RER C, avec une correspondance à Bibliothèque François MItterand. Faut que je marche vite vers Châtelet… Après, il n’y a plus de service sur la ligne C.

Avec la foule abondante et ma méconnaissance du quartier, ça ne loupe pas, j’arrive trop tard. Bon, au moins, il y a moyen d’avoir wifi à la station, je trouve un autre chemin: même ligne de métro, même correspondance, puis le bus Noctilien, le N133 vers Juvisy-sur-Orge. Bien. Il est pas loin d’une heure du matin, j’ai quelques minutes de répit entre le métro et le bus.

J’arrive à BFM (pour faire court). Ah, voici le plan du quartier. Mon bus devrait être là, pas loin de l’ascenseur qui est la sortie numéro 4. Voici l’ascenseur… Pas de numéro inscrit, mais bon. Je monte, je sors dans la nuit noire. Il y a un arrêt de bus en face… Bus 48, 64 et 132… Hum… Je marche plus loin, demande des nouvelles à une dame qui me reparle du 132… c’est pas le bon.

Je redescends au point d’assistance RATP dans la station. L’homme me parle de la rue Anatole-France, je lui demande de quel côté, il ne le sait pas et il n’a pas de prospectus… Merci beaucoup quand même, bon, il me reste peu de temps…

Je remonte, marche jusqu’à l’autre rue, je ne vois rien! Il est une heure moins six. Je traverse la rue pour aller demander mon chemin au conducteur d’un autre bus, qui me dit: « Mais il est là, le 133! » en m’indiquant un autobus qui passe le feu derrière moi! Merci beaucoup! Je pars à la course, avec mon violoncelle sur le dos et mes sandales aux pieds… Des tas de gens attendent le bus. Tiens, incluant un homme à qui j’avais demandé si le 133 passait ici, plus tôt, qui, de toute évidence, n’avait pas compris ma question…. Et le numéro de la ligne n’est bel et bien pas inscrit sur l’arrêt!

J’entre donc dans le bus archi plein, conducteur sportif… Pas de places debout, sauf devant la porte de sortie, au centre. Ça secoue. Bon, un strapontin se libère, je peux m’asseoir… et continuer ma lutte contre le sommeil, il est 1h44 et nous sillonnons une banlieue dont je ne connais ni ne vois grand-chose.

Un peu passé 2h, nous arrivons à Ablon. Je marche vers la maison, en me souvenant tout-à-coup que j’ai laissé les clefs dans la poche de mon pantalon moins chic, qui est plié derrière la volute de mon violoncelle, dans mon étui. Je rentre, finalement, vers 2h15.

Ça peut sembler un peu rock n’roll comme retour, mais j’ai eu de la chance. Vraiment! Comment ça? Parce que c’est juste le lendemain matin, en voulant me chausser au sortir du lit, que le rivet retenant la lanière de ma sandale droite a lâché!

Un privilège bien particulier, Paris, jeudi 20 juin 2019

Il faut d’abord descendre jusqu’au deuxième sous-sol d’un immeuble parisien, saisissante progression dans un univers de maçonnerie et de portes glauques, pour en arriver à cet improbable oasis de studio de répétition où ma cousine Emmanuèle et ses complices, Patrick le batteur, Rémi le bassiste (pardon, j’ai oublié leurs noms de familles…) et Red Mitchell, oui, « le » Red Mitchell, se retrouvent pour préparer leurs apparitions.

La répétition commence un peu cahin-caha, puis, après deux ou trois chansons, la groove s’installe. Diantre! Ils sont capables d’être très efficaces. Très, très efficaces! Ils reprennent, avec les moyens du bord, des arrangements prévus pour des formations beaucoup plus vastes, et ça marche. Voilà ma cousine qui rigole et perd ses mots parce que Rémi se balance sur une basse particulièrement obstinée…

On nettoie ceci, on replace ça, et hop! Voilà que des tas de titres sont passés et puis c’est l’heure de l’apéro. Apéro qui sera accompagné d’une telle quantité de petits plats d’olives, de bretzels et de pop corn que c’en sera presque un souper, à vrai dire.

Puis, comme il est tard et que la correspondance est difficile (la station St-Michel-Notre-Dame du RER est fermée), Patrick, très aimablement, nous reconduit, ma cousine et moi.

Ce que je retiens de la soirée? Deux choses:
-d’abord, il n’y a pas que les vins, les fromages et les champignons qui bénéficient de séjours en caves… Certaines chansons aussi!
-ensuite, que certains privilèges n’ont rien à voir avec les sous… Je me suis senti très privilégié d’avoir pu vivre ce moment. J’ai voulu le dire, les gars ne m’écoutaient même pas 🙂 Au moins, ma cousine m’a entendu.

Cela dit, merci encore, et bon spectacle!

Kulturräume, suite et fin, dimanche 16 et lundi 17 juin 2019

Hier, la journée a commencé de bien étrange façon: la recherche d’un endroit où déjeuner! Le premier resto était trop plein, il n’y avait plus de place; le second, hors de la ville, était trop vide, il n’y avait pas de cuisinier! Le troisième, un club de golf, ben, ça a marché. Nous avons tout de même passé une heure à chercher!

Puis nous sommes rentrés, Pendant que B. partait prendre une marche avec L., j’ai pratiqué un tout petit peu et préparé un peu quoi dire, tantôt.

Puis B. est venue me chercher et nous sommes allés à la résidence pour personnes atteintes d’une déficience ou d’une maladie mentale. Le journaliste est arrivé peu après. Pendant son entrevue, il est revenu sur le fait de comment ça se pouvait que je sois venu d’outre-Atlantique pour jouer ici, à Hückeswagen?!? Je crois qu’il pensait que c’était une manière de vacances aux frais de la princesse, pour moi, et qu’il n’en est pas revenu de découvrir que j’avais pratiqué chaque jour!

Puis les résidents de la place sont arrivés, en ordre dispersé. J’ai été averti qu’une jeune femme, attachée dans sa chaise roulante au premier rang, pourrait avoir de la misère si c’était trop fort…

Présentation par B., qui m’a averti qu’elle allait dire totalement autre chose que ce que j’avais envisagé. Je lui fais totalement confiance! Je devine l’essentiel de son message. Puis bon, je joue. Gamme et arpège descendants du début du Prélude de la Troisième Suite. La jeune femme aux oreilles sensibles crie, je radoucis le son, rien à faire… Une aide soignante vient la sortir en s’excusant. La femme qui accompagnait la première sort aussi, par sympathie, je crois. Regard vers B., qui ne bronche pas. Je continue.

La dame âgée juste devant moi a dans le compartiment de sa marchette une poupée de petite fille. Elle la prend et l’assied sur la tablette de sa marchette, en position pour m’écouter. Ouf! Le courant passe. Je continue. Je vois des hochements de tête, J’enchaîne les mouvements sans reprise.

Après la Suite, réaction très positive. B. demande si je continue et propose juste un autre morceau. Évidemment, je fais le Prélude de la première Suite. Applaudissements encore, puis signe de tête: c’est assez. Je range mon violoncelle. Une autre femme attachée à sa chaise, plus au fond, demande pourquoi la musique est déjà finie? La dame à la poupée me demande si je reste à Hückeswagen. Non. Mais alors, quand allez-vous revenir? Je lui promets que, quand je reviendrai à Hückeswagen, je reviendrai jouer pour eux. Le personnel est content, B. aussi.

Nous partons pour une grande marche dans la campagne, avec B., R., J., L. et A.R. Le but de la marche: une maison qui fait jardin ouvert, une autre initiative citoyenne du coin. Nous arrivons près d’une jolie villa avec un très beau jardin anglais qui domine le village voisin. Il y a un petit aérodrome pas loin et un avion passe, tirant un planeur. Le câble largué, le planeur tourne en silence.

Je rejoins Lars, assis sur un banc en haut du jardin. Nous voyons Hückeswagen au loin. Je me suis souvenu, au début de la marche, que c’était l’anniversaire de ma mère, aujourd’hui. L. me suggère de l’appeler, maintenant que c’est une heure décente au Québec. Je lui explique que je marche généralement en wifi, vu le prix de nos appels cellulaires au Canada… Il m’offre de partager la connexion avec son cellulaire. Merci beaucoup! J’appelle…

Quand nous redescendons, les autres sont déjà attablés. Nous passons nous servir des gâteaux et du café ou de l’eau. Les gâteaux sont excellents! J’en fais le compliment à une des femmes qui sert les visiteurs, en soulignant que c’est l’anniversaire de ma mère et que c’est moi qui mange ces superbes gâteaux!

B. suggère alors qu’ils chantent Joyeux anniversaire en allemand pour ma mère. Je rappelle, ils commencent, pile sur la même note sans même s’être consultés, tous les quatre (A.R. est absente à ce moment-là). Ma mère est touchée, je suis ému. Je prends un petit moment pour les présenter par vidéo.

Sur le chemin du retour, je remercie B. Elle avait entendu parler de ces jardins ouverts, comme les maisons ouvertes de Kulturräume, et touvait que ça ferait une belle conclusion à cette semaine. Je suis bien d’accord. Je crois que je vais prendre un autre billet pour parler d’elle, j’ai appris beaucoup de choses pendant la semaine.

Dernier cadeau, en arrivant au village: une femme salue B. et lui parle en me désignant en disant plusieurs fois « morgen »… Je finis par comprendre qu’elle m’entendait pratiquer les matins et qu’elle aimait ces débuts de journées. Elle habite juste au-dessus du salon de coiffure, pile en face du salon où je me trouve en ce moment pour écrire… Merci, madame!

Retour, souper à la pizzeria pas loin (très bonne pizza mais évitez le vin rouge maison!), nuit puis matin… Et c’est déjà mon dernier déjeuner ici. Dernière conversation, dernière marche vers le travail, dernier bilan…

Fondamentalement, le projet de Kulturräume, c’est de rendre les gens heureux. Ça a marché. Merci, merci beaucoup! Au revoir, B.

… Bon; A.R. vient me chercher pour me reconduire à Cologne dans une heure… Faudrait bien que je fasse mes bagages… Et s’il me reste du temps, jouer quelques notes pour la voisine d’en face?

Quelle journée! Kulturräume, Hückeswagen, samedi le 15 juin 2019

Ça a commencé presque calmement, par le traditionnel café avec B., puis nous sommes allés déjeuner en bas, à l’hôtel où ses amis J. et L. sont descendus. Puis quelques courses. Puis un peu de pratique et la vraie préparation: coiffeur, pour elle, étude attentive du Tremblay pour moi… Installation des chaises au salon, rapide salade en ville (pour moi), dernières courses de préparation ici et là…

Puis les gens ont commencé à arriver. Des amis, d’abord, il n’était même pas deux heures. Je faisais un genre de sieste sur le divan du salon. Puis, à partir de deux heures, les « vrais » participants. Le salon se remplit vite. Quelques minutes de révision des passages difficiles du Reger, quelques minutes au salon, je passe mon cellulaire à Lars, avec instruction de filmer la première pièce seulement. B. me présente, puis hop.

Je m’aperçois que d’autres gens filment. Ça m’ennuie et me distrait. Oups. Mais bon, le prélude de Bach passe plutôt bien. Reger, maintenant… De mémoire, oui. Je suis peut-être rendu à la troisième ligne que ça me frappe: hey, c’est la première fois que je joue cette pièce en concert « officiel » (soit dit sans vouloir offenser le public de mon concert d’essai)! Une demi seconde de chicane mentale: Grrr! T’aurais pas pu y penser plus tôt? Gnarf!

Bon; quart de seconde suivant: « Mets ça dans ta besace, mon grand, desserre les deux mains, concentre-toi, continue! »

À ma droite, le patron de B., avec qui je parlais presque juste avant de commencer. Nous parlions justement de stress, de respect du public, de présence publique… Et là j’ai un moment de faiblesse devant lui. Bon; tant pis, je continue, il le faut bien. Un autre, un autre encore… Je fais de mon mieux ce que je suis capable de faire.

J’arrive à la fin de mon premier vingt minutes. Les applaudissements sont nourris, quelques personnes viennent me féliciter, le patron part sans même un regard… Tant pis. B., elle, est contente, et même émue: il se passe dans son salon ce dont elle avait rêvé. Moi, je suis moyennement satisfait, mais disons que pour un premier set, ça va.

Avant le prochain, j’ai une heure de libre. J’en profite pour sortir. Il fait beau, contrairement à ce que disaient les prévisions. Je visite quelques expositions, j’entends quelques notes d’un duo chansonnier à guitare – basse, avec presque toute la salle qui reprend le refrain en chœur, je vois partout des gens heureux et souriants. Je suis heureux moi-même d’en faire partie.

Pour la demi-heure avant mon deuxième set, je remonte au salon et prends la partie de Cèdres en voiles, car je vais me risquer à jouer de mémoire. Révision intense parmi les visiteurs de l’exposition, puis quelques minutes dans ma pièce.

Je reviens dans le salon juste quelques minutes avant l’heure prévue. Je m’aperçois que plus de soixante personnes attendent le début de mon « live » Fb… Mais L. n’est pas là! Alors, bon, je demande à la cantonade si quelqu’un veut bien m’aider… La dame devant moi se porte volontaire. Allez. B. lit l’introduction. J’avais mis un avertissement sur le caractère difficile de la pièce dans mon projet de présentation. J’entends B. le mentionner. Elle rajoute l’épisode de jeudi, quand j’ai joué à la réunion du groupe anti-nazis. Je suis content qu’elle l’ait mentionné . Je commence par le Prélude de la 3e Suite.

Tout de suite, ça va mieux: meilleur son, plus juste, plus de liberté et d’invention… Sarabande… Puis Cèdres en voiles. Juste avant de commencer, j’avais constaté que plusieurs personnes m’écoutaient les yeux fermés… Non, ils ne dormaient pas, il me semble.

Mais là!… Je fais se déchaîner la violence de la pièce, son âpreté, sa dureté… mais aussi, autant que je peux, sa douceur, ses doutes, sa légèreté… J’essaie de personnaliser le plus possible chaque thème de cet espèce de rondo-sonate, finalement relativement simple dans sa forme (ça m’a pris beaucoup de temps pour m’en apercevoir!), j’essaie de faire entendre la voix de Gilles et les conseils d’Emmanuel et de Raphaël…

Après la dernière harmonique, silence complet…. Yeux fermés encore, quelques têtes baissées… J’attends quelques secondes avant d’entamer la Gigue de la 3e Suite. C’est jour de fête, je veux ramener la joie.

Tonnerre (relatif, il n’y a quand même que deux douzaines de personnes mais le salon est totalement plein!) d’applaudissements. Parfois, je ne sais pas comment prendre les manifestations du public, mais cette fois-ci, ça va. Je sais que j’ai beaucoup travaillé et beaucoup donné, et que j’ai rejoint les gens qui m’écoutaient. D’ailleurs, j’ai plusieurs commentaires et remerciements. Un en particulier me touche beaucoup: K., le mari de J. (un couple de probablement plus de 80 ans, que j’avais rencontré l’an dernier), affecté, me serre la main en me disant: « We’ve known the war… What you did was very good!… » Ce commentaire-là m’est précieux. Merci beaucoup.

Seulement une demi-heure de pause avant le dernier set. B. est émue, ça me touche. Je suis nettement plus content qu’après le premier set.

Bon; dernier set. On dirait qu’il y a de plus en plus de monde, je ne sais pas si c’est possible. Présentation, premier et troisièmes mouvements de la Sonate de Cassadó, puis. finalement, Obstination. Nouvelle salve d’applaudissements, encore plus nourris, et puis ma participation à Kulturräume est terminée. Déjà…

J’ai le sentiment agréable d’avoir joué de mieux en mieux au fur et à mesure que la journée avançait, sentiment confirmé par B. Elle me dit qu’elle se demande ce que ça aurait été si j’avais joué deux heures, comme je le prévoyais initialement!

Nous rangeons sommairement la pièce, pour les derniers visiteurs de l’exposition , puis je pars écouter les dernière note du combo jazz à l’espèce de brasserie là-bas. J’arrive un peu tard, la pièce est archi pleine. Alors, j’écoute depuis la rue, sous la fenêtre ouverte. C’est franchement pas mal du tout. Une femme passe, qui vient me voir; je l’avais aperçue à mon dernier set. Elle me félicite et me demande combien de temps je pense rester à Hückeswagen. Je repars lundi. Elle en est désolée. Elle a été pendant 34 ans violoniste à une des philharmonies du coin, j’ai malheureusement oublié laquelle. Elle me dit qu’elle joue Bach, Paganini, Ysaye pour son plaisir et qu’elle m’aurait demandé de jouer de la musique de chambre si j’étais resté dans le coin. Merci beaucoup, derechef.

Puis c’est le souper avec les autres artistes et les exposants, puis une dernière bière, puis B. vient me chercher: un journaliste était supposé passer me voir, pour faire une entrevue, il ne s’est pas présenté et a demandé qu’on le rappelle!

Nous rejoignons le journaliste. Il se trouve qu’il est libre le lendemain. Hum, je m’aperçois que j’ai oublié de mentionner la marche avec B., le lendemain de mon arrivée… Nous sommes passés devant une institution pour malades mentaux et j’ai proposé de jouer là. Je pensais utiliser ce moment comme une pratique pour les récitals d’aujourd’hui, mais finalement c’est le dimanche après-midi qui avait été retenu. J’ai cru que c’était une malchance… jusqu’à maintenant! Donc, marché conclu, le journaliste va venir m’interviewer demain avant que je joue pour les pensionnaires et il va aussi écouter un peu comment je joue.

Sur ce, la soirée à la maison de la culture est pas mal terminée, alors dessert, dernière bière et dodo. La suite demain, avec une journée de retard, encore…

Kulturräume, Hückeswagen, 11-13 juin 2019

Bon; je n’ai pas beaucoup écrit sur la préparation du festival, ces derniers jours… Je n’ai pas raconté le sourire lumineux de B. qui, équipée d’un pinceau d’artiste, s’attaque aux défauts de ses murs, à l’aide d’un genre de plâtre pré-coloré, ni de son sourire à la fois lumineux et totalement espiègle lorsque, ayant trouvé un trou qui ne se bouchait pas avec son produit, elle m’emprunte mon dentifrice pour faire le même travail! Le sien ne marche pas: il est rouge!

Je n’ai pas parlé de ma pratique dans ce nouvel espace, le salon chez B., qui est mon terrain de jeu samedi; de la conscience des bruits inhabituels par la fenêtre, de la tentation d’être gêné et de penser à ce que les gens vont penser et du nécessaire combat contre ces pensées…

Chaque soir, je joue un peu « pour de vrai ». Mardi soir et mercredi soir, j’ai joué respectivement Obstination et Cèdres en voile pour B., mais hier j’ai fait un peu plus. B. m’avait dit, à mon arrivée, qu’elle aurait une réunion de son groupe antinazi ce soir. J’ai proposé de jouer Cèdres en voiles, justement, après avoir décidé d’ajouter cette pièce à mon programme le jour où j’ai appris à la fois l’existence du groupe et sa nécessité, ainsi que l’implication de B.  C’était le 10 mai dernier, je crois en avoir parlé.

La réunion se tenait dans la vieille bibliothèque de la ville, qu’un autre groupe, encore mené par B., a sauvée de la fermeture, il y a quelques années. …Vous dites? Oui, c’est en effet une personne remarquable. Très attentive, généreuse, très organisée mais jamais stressante (elle absorbe le stress plutôt que de le redistribuer), elle distribue avec enthousiasme les dépliants de Kulturräume à tout le monde qu’elle croise, ou presque. Et elle fait tout ça en amateur. Elle ferait un excellent agent culturel, et je pèse mes mots.

La réunion, donc: deux hommes et cinq femmes entre deux âges, encore (je ne me suis pas compté mais j’aurais été le cadet, je crois), plus deux hommes et une femme beaucoup plus jeunes, ouf! Ça faisait du bien de les voir. La conversation porte sur les résultats du vote aux récentes élections européennes. Hum, je devrais peut-être faire un billet plus spécifiquement là-dessus, je sens que je glisse vers le hors-sujet…

Toujours est-il qu’à la fin, B. a résumé la petite présentation que j’avais préparée, puis j’ai joué. La réaction générale a été assez chaleureuse, mais je retiens en particulier que Be., une amie de B. que j’avais rencontrée l’an dernier, est venue me parler spécifiquement de la remarquable expressivité de la pièce. Youppi! Une personne convaincue! 🙂

En rentrant, B. me confie qu’elle n’est pas totalement satisfaite de la présentation et qu’elle va la repratiquer aujourd’hui; elle ajoute qu’il faut pratiquer pour être bon. Je sais, c’est pour ça que je pratique, parfois. 🙂

Pourquoi lui et pas lui? Montréal, mercredi 30 janvier 2019

Donc, Michel Legrand est mort. Dans le concert d’hommages (mérités, faut bien le dire), une mention qui revient; je l’entends même directement dans l’entrevue de René Homier-Roy avec Michel Legrand lui-même: Michel Legrand a passé quelques années dans la classe de Nadia Boulanger.

Ah, ben oui, tiens, comme Astor Piazzola. Et, comme Piazzola, Legrand aussi a tendance à écrire des chansons axées sur des cycles de quintes très affirmés.

Mais ce n’est pas ça qui me frappe.

Si elle a enseigné à Piazzola et à Legrand, pourquoi Nadia Boulanger a-t-elle refusé George Gershwin?

Critique de concert: Les King’s Singers, salle Bourgie, mardi le 18 décembre 2018

Lorsqu’on s’intéresse aux superlatifs, on peut se demander quel est le meilleur groupe musical britannique des cinquante dernières années… Dans certains cercles musicaux, on va défendre les candidatures des Beatles (un peu limite pour les cinquante ans, en fait), des Rolling Stones, de Led Zeppelin, des Who, que sais-je encore…

Sans vouloir enlever le moindre mérite à ces groupes, je vais en proposer un autre, d’un tout autre type, qui ne remplit pas de stades, d’accord…

Un groupe à la fois imprévu et évident, à la fois confidentiel et réputé mondialement, à la fois pop, classique, baroque, moderne, romantique… Autrement dit, éclectique de la plante de la première semelle au bout du dernier cheveu.

Je parle des King’s Singers, oui. De ce sextuor vocal a capella (deux contre-ténors, un ténor, deux barytons et une basse) qui existe et mue, depuis cinquante ans, par rotation de ses membres sans jamais perdre son essence, et même en la raffinant, si ça se trouve. De cet ensemble dont le nom, pratiquement issu d’une plaisanterie (les six membres fondateurs étaient tous issus du King’s College, à Cambridge), se révèle comme le sceau inattendu d’une qualité indéniable. De ce groupe qui, s’il ne remplit pas les stades, comme je l’écrivais tantôt, a un horaire de tournée qui se compare à celui des Beatles, si j’ai bien compris.

Cela dit, leurs concerts de tournées sont certainement beaucoup moins difficiles à mettre en place que ceux des groupes cités plus haut, ne serait-ce que sur une base technique. Voyons voir:
-amplification: non
-moniteurs in-ears: non
-autotune: non
-click track: non
-loop: non
-jeux de lumières: non
-lasers: non
-projections: non
-pyrotechnie: non
-instruments: non, si on exclut l’harmonica qui donne le ton et les gazous!

Autrement dit, les extraordinaires nuances, c’est eux qui les font. La justesse, presque toujours impeccable, c’est leur travail. Le tempo, la ‘swing’, c’est eux. La remarquable mise en relief des solos, c’est eux, encore. Leur seule concession à l’électronique: les feuilles de musique sur les lutrins sont remplacées par des iPads.

Leurs secrets? J’ai mentionné le principal: le travail! Je serais curieux de connaître leur horaire de pratiques individuelles et de groupe, mais ce doit être colossal!

Il y a aussi la mystique: les membres du groupe endossent le veston des King’s Singers comme les joueurs d’une équipe sportive en portent le maillot. Ils représentent quelque chose qui existait avant leurs naissances(!), avec une grâce et une disponibilité très élégante, même lorsqu’ils sont fatigués (après le concert de Montréal, ils se sont fait un devoir de serrer des dizaines de mains, signer des dizaines d’autographes, recevoir des dizaines de remerciements (y compris de gens qui avaient vu le concert précédent du groupe, il y a trente ans, alors qu’aucun des membres présents ne pensait qu’il chanterait dans les KS un jour…), alors que c’était, quoi, le douzième d’une série de seize concerts en seize jours, à travers le Canada et les États-Unis, série qui arrivait juste après une série européenne encore plus imposante… ).

Corollaire de la mystique, il y a une mise de côté de l’ego. Chaque membre du groupe pourrait être soliste devant n’importe quelle chorale ou orchestre. Tout ça est mis de côté, au profit d’un son remarquablement fondu (sauf lors des solos finement ciselés dont je parlais tantôt). Un vrai travail de chambristes.

Il y a aussi la brièveté des pièces jouées; il n’y a rien de comparable aux longs mouvements que peuvent jouer des quatuors à cordes ou d’autres ensembles de musique de chambre comparable. Cela dit, cette brièveté est une arme à deux tranchants: elle va permettre au groupe de proposer plus de contrastes entre les pièces, au long du programme. C’est bien, mais maintenant il faut aussi les jouer!

Heureusement, c’est précisément là que Patrick Dunachie, Timothy Wayne-Wright, Julian Gregory, Cristopher Bruerton, Crhistopher Gabbitas et Jonathan Howard excellent, avec un son d’ensemble peut-être encore plus velouté que celui des incarnations précédentes du groupe, ce qui n’est pas peu dire.

En fait, le secret, s’il en est un, s’est peut-être révélé à la toute dernière pièce, qui était Deck the hall, en rappel (saison des fêtes oblige!).

Sur le chemin pour aller au concert, il y avait un petit chœur qui chantait des carols, à une station de métro. C’est cette comparaison qui m’a permis de comprendre: les King’s Singers sont un peu comme le meilleur groupe de carolers de la planète! Tellement bons qu’ils peuvent aussi faire du Palestrina, du Schubert, du Takemitsu, du Billy Joel, entre autres, avec un égal bonheur et une qualité constante. Ils sont. Les héritiers de leurs devanciers, mais aussi des universitaires britanniques, de l’immense tradition chorale de cette nation, mais aussi de Mr Bean et du Dr Who (pour l’humour de l’un et les réincarnations de l’autre). Ils ne boudent pas leur plaisir, au contraire, et ils le partagent généreusement. En plus, ils sont polyglottes et ont présenté leur programme aussi en français. Tous!

Thanks, fellas, well done! C’était la troisième fois que je voyais le groupe en concert, je pense que ce ne sera pas la dernière.

Esquissé passé, Sainte-Thérèse, dimanche 9 décembre 2018

-Y’est ben beau ton violoncelle mais y sonne pas! On n’entend rien!

… La famille qui avait offert un récital de violoncelle au patriarche pour son 90e anniversaire a découvert « live » (si j’ose dire…) à quel point son audition avait baissé… J’étais à trois pieds du monsieur et je venais de jouer, le plus fort possible, la descente initiale du Prélude de la 3e Suite de Bach.

Des fois, j’ai des élèves à qui je signale que la note qu’ils ou elles jouent à ce moment-là est trop haute ou trop basse, qui bougent le doigt sur la touche et me demandent si c’est correct maintenant? sans avoir joué un son. Je réponds que de voir le geste sans l’entendre, c’est un peu comme essayer de voir un tableau lorsqu’on est aveugle. Donc, dans un sens, je me suis fait servir ma propre médecine. C’est une leçon d’humilité.

Merci à M. B. et à sa chaleureuse famille pour avoir offert la musique en cadeau, et pour m’avoir si bien reçu.

Critique de concert: MISQA, Montréal, vendredi 24 août 2018

Je me suis fait offrir deux billets pour le concert de ce soir de MISQA, autrement dit McGill International String Quartet Academy. Je n’ai trouvé personne pour m’accompagner, ce qui fait que le second billet est allé à quelqu’un qui était sur la liste d’attente. Conséquence: pendant la deuxième partie du concert, ma nouvelle voisine (qui n’y était pas pendant la première partie) m’a fait entendre le fonctionnement de ses intestins, qui s’agitaient tellement que, lorsque le quatuor jouait pianissimo, les gargouillis l’enterraient… Mais c’est une autre histoire.

Bon; ce soir, il y a eu des tas de bonnes nouvelles, des tas de découvertes, des confirmations de tendances, et, euh, bon… zut, j’aurais voulu être content de tout… Ce ne sera pas le cas, mais j’y reviendrai.

En première partie, le quatuor Viano, canada-américain, jouait l’op. 74 No 1 de Haydn et le 4e quatuor de Bartók. Après la pause, le quatuor sud-coréen Esmé a présenté l’Op. 133 de Beethoven.

Alors, pour les constats… Dans le premier quatuor, il y a deux hommes et deux femmes; le second est totalement féminin. Est-ce que cette présence des femmes change quelque chose à la musique de chambre? Je veux dire, par rapport à l’époque où les quatuors comme le Paganini, le Melos, l’Alban Berg, l’Amadeus et tant d’autres, étaient exclusivement masculins? Hum, comment dire… D’un point de vue féministe, certainement, mais d’un point de vue musical… en fait, non. Dans les deux cas, les nuances sont très marquées, la justesse impeccable, le rythme et la mesure totalement clairs, les moments d’attente pleinement assumés.  Pas de moment de grâce, mais « presque » pas de défaut non plus. Bon, le travail sur les timbres et les couleurs est encore embryonnaire (sauf dans le Bartók, en fait, où il est plus poussé, par la force des choses), mais faut quand même se rappeler qu’il est question d’ensembles récents, composés de membres bien jeunes encore. Le début du Beethoven sonne presque « metal », comme il se doit (à mon sens).

Autre constat: deux des membres du quatuor canado-américain et toutes celles du quatuor sud-coréen sont asiatiques, au moins d’origine. Le futur de la musique classique de tradition européenne serait-il de l’autre côté du Pacifique?

Entre le Haydn et le Bartók, les deux violonistes du premier quatuor changent de chaise. Je ne suis pas totalement certain que le premier-violon-du-Haydn-devenu-second-violon-du-Bartók était content du changement… J’ai eu le sentiment qu’il en faisait un peu plus que ce que ferait un second violon respectueux… Difficile à expliquer, mais c’est comme s’il avait voulu prendre la place… D’où ma question à ce sujet: pourquoi changer de chaise? Ciel, que ça va devenir compliqué. Notons que je n’ai aucune objection de principe à ce que la seconde-violon-du-Haydn devienne première-violon-du-Bartók; c’est seulement si ça tourne au conflit larvé que j’ai un problème, et je n’ai pas de réponse toute faite quant à ce qui « devrait » être la « bonne » solution.

Autrement, au chapitre des bonnes nouvelles, les deux excellentes altistes confirment, une fois encore, que les blagues d’altos sont probablement en voie de disparition. Le son est ample, riche, et lors des croisements de voix avec les violoncelles, la base harmonique est richement assumée.

Autre bonne nouvelle: alors que je n’ai pas raffolé du premier quatuor de Bartók (entendu sur disque il y a plusieurs années), je dois dire que j’ai trouvé le 4e intéressant, au point même que je serais très curieux de le jouer, tiens! Et aussi que je crois avoir mieux compris l’op. 133 de Beethoven. Oui, oui, celui de la Grande fugue. Bon, je continue de préférer, en matière de quatuors à cordes, le Beethoven qui avait toute son oreille des neuf ou dix premiers quatuors (opus 18 et 59, plus le quatuor « Harpe éolienne »), coloré, limpide, au Beethoven quelque peu torturé et déchiré de l’opus 133, mais au moins, cette fois-ci, j’ai réalisé (finalement! Mais en vérité, c’est juste la seconde fois que je l’écoute, oups!) que la « Grande fugue » est, en réalité, une série de variations! Hum, je le redis, je préfère l’espèce de fugue-sonate du finale de l’op. 59 no 3…

Mais j’ai quand même beaucoup mieux saisi les tensions, le drame interne de tout ce quatuor, j’aurais envie de remercier le quatuor Esme, sauf que…

Sauf que, « ta barre n’a qu’deux kriss! », comme on dit en Malaisie. Car oui, il y avait des malaises… À cause, misère totale! de la violoncelliste! Elle a un son magnifique, elle joue juste, et bien, sauf, sauf…

Sauf qu’elle oublie, d’une part, de couper la résonance de son do à l’octave de la corde ouverte, assez souvent, ce qui peut créer des dissonances… Mais ce n’est pas le pire.

Le pire, c’est que, lorsqu’elle joue sur la corde de ré, dès que la nuance dépasse le mf, elle accroche la corde de sol. Pas une fois, pas deux fois, ce serait excusable, tsé, un excès d’enthousiasme, genre… Mais non! Chaque fois! Aaaargh! J’en étais rendu à guetter les changements de dynamique pour savoir quand j’entendrais de nouveau ce bourdon parasite!

Mais, minute! Dans MISQA, il y a bien A pour Academy? Voyons, la liste des profs… Tiens, ces jeunes ont eu des leçons privées et des classes de maîtres avec des tas de gens sérieux, par exemple, ici, Peter Prause, violoncelliste du quatuor Talich, et ici Valentin Erben, autrefois violoncelliste du quatuor Alban Berg… 

Et personne ne lui aurait rien dit, à cette pauvre fille? Ben voyons!?! Laisser passer une erreur d’école secondaire dans un récital qui serait, autrement, de qualité professionnelle? 

Bon, défaut technique? Chevalet trop plat? Pas son violoncelle habituel? Quelle que soit la raison, honnêtement, vous me reparlerez du quatuor Esme lorsque la violoncelliste aura corrigé ce problème.