Hommage à Antoine Guernil (Paris, mercredi 21 juin 2017)

… J’ai été injuste, hier, et, en racontant la catastrophe qui nous rendait moroses, j’ai oublié de mentionner une personne qui a eu un comportement admirable: Antoine Guernil, le chauffeur de taxi qui emportait Quynh et Mathieu. Il s’est fait dévaliser lui aussi, et briser sa vitre de passager à l’arrière, mais est resté avec Quynh et Mathieu pendant toute la soirée, au commissariat de police et jusqu’au café où je jouais avec ma cousine… Taximètre arrêté depuis longtemps. Il s’est assuré que Quynh ait bien rejoint quelqu’un de confiance (moi, en l’occurence) avant de repartir, et il n’aurait même rien demandé pour la course.

… Par contraste, le chauffeur du taxi des deux Chinoises prises dans une attaque du même genre, le même jour au même endroit, n’a pas eu la même patience, loin de là…

English digest: Antoine Guernil is a good man.

Paris un soir (mercredi 21 juin 2017)

  1. … La journée avait pourtant bien commencé… Deux vols, trois aéroports, des tas d’avions (incluant « mon premier » A350, et un Concorde! Ma cousine, ses filles, sa mère! Que je n’avais pas revue depuis si longtemps! Les framboises du jardin, les fleurs, le petit dîner…

L’idée folle de chercher un violoncelle, la recherche couronnée de succès! L’expédition pour aller chercher le violoncelle, avec la machine qui refuse mon billet de 50 euros, mon portefeuille où il manque un euro pour compléter ma commande au tarif inférieur, mon humeur ronchonne lorsque je retourne m’adresser à l’agent au comptoir qui n’a pas de monnaie et qui vient m’aider à faire passer mon 10 euros, en me remerciant parce que « même quand vous vous impatientez, vous restez calme! »

L’expédition dans cette boutique de fromager, près de Beaubourg, où l’odeur sortant des comptoirs est proprement affolante! Et il y a deux violoncelles au sous-sol, et un gars archi sympa qui m’en prête un! Et repartir avec le violoncelle dans Paris, chouette, et arriver un peu en retard, ma cousine chante déjà, et elle termine « Les feuilles mortes », zut, j’aurais pu la jouer… Bon…

Deux ou trois pièces plus tard, je m’installe et commence à jouer sur « The man I love ». Dès le début, ça va bien, excellente entente avec Red , le guitariste, et Rémi, le bassiste, ainsi qu’avec ma cousine. Je finis par jouer beaucoup plus que ce que je pensais, nous avons beaucoup de plaisir et le public aussi.

Sauf que, pendant la pause, je reçois un courriel troublant, qui m’annonce que Quynh, qui est en voyage en Europe avec Mathieu, son fils cadet, s’est fait voler son sac à mains, en chemin vers le resto où nous jouons…

Bon, nous reprenons… Ça continue de bien aller, dans notre petit concert, mais… Juste quelques minutes après que nous ayons fini, Quynh arrive comme une bombe, énervée, Mathieu est secoué aussi, évidemment.

Des gens ont bel et bien attaqué leur taxi, brisé la vitre et sont partis avec sa sacoche, contenant argent, passeport, cartes de ceci et de cela…

Quynh me demande de l’accompagner demain matin à l’ambassade, pour que Mathieu et elle puissent se faire faire des passeports temporaires… Bon, ok…

Mais le charme magique entourant mon voyage est rompu, je crois…

Enfin, nous verrons demain. Avant cette crise, je me sentais encore abondamment gâté par le Camino…

English digest: it is late and I am exhausted.

Paris (mercredi 21 juin 2017)

Réveillé vers 4h40, argh, nuit encore noire, habillé dans l’obscurité et la chaleur, car je crois que dans ma chambre il n’a pas fait moins de 25 degrés pendant la nuit…

Marsha s’est réveillée dans la chambre en face, nous nous saluons avant mon départ; je l’encourage pour sa journée, qui va être exigeante. Puis je descends, le taxi m’attend.

Il y a six jours, ma marche m’a fait passer à côté de l’aéroport, un bon deux heures avant d’arriver en ville. Là, ça prend genre, quoi, 15 minutes, pour un trajet bien plus long. Décidément, les transports motorisés ont transformé notre monde.

Aéroport, aérogare pratiquement neuve, deux ou trois files d’attente, mon vol est le second de la journée (le 3e part en même temps). Petit vol rapide, en avance, je dors. Transfert à Madrid Barajas, aérogare 4, petit café et déjeuner, second vol, en avance aussi, je dors encore (!), arrivée à Paris d’avance… Je n’ai pas de bagage de cabine, depuis la mort de mon petit sac vert, alors ça fait drôle d’entrer dans l’avion avec rien du tout en mains… Je dois quand même attendre à la sortie, que tous ceux qui ont des tas de machins les aient ramassés, quoi, d’autant que j’ai un hublot dans les deux vols 🙂

Ma cousine m’a tout dit comment prendre le bus pour aller chez elle. J’hésite une seconde, l’envie de marcher un dernier coup… Puis me décide pour le bus. Faut dire qu’il fait presque 30 degrés, déjà…

Récompense inattendue, ou dernier (ça fait combien de fois que je le pense?) cadeau du Camino? Le trajet du bus passe juste à côté d’un tout petit parc où il y a trois avions de combats et… F-WTSA, autrement dit le premier Concorde de pré-série français, avec les anciennes couleurs d’Air France et les anneaux olympiques de Montréal d’un côté, et les anciennes couleurs de British Airways de l’autre… Ouah!

… Photo très moyenne, mais bon…

Puis j’arrive chez ma cousine, qui m’accueille à bras ouverts et à la course; elle est dans le jus pour cause de travail, d’une part, de concert ce soir, d’autre part, et de mariage de sa belle-fille ce samedi, de troisième part.

Étrange contraste, entre moi qui suis, à toutes fins pratiques, en vacances (sentiment rare et agréable, depuis mon départ) et elle… Mais son jardin est magnifique. Je revois aussi Rita, sa fille, qui a un peu changé depuis la dernière fois que je l’ai vue, il y a, quoi, six, sept ans? Elle est devenue une adolescente!

… Bon; maintenant, poussons-nous notre chance jusqu’à chercher un violoncelle pour ce soir?

English digest: English is everywhere in Spain and quite everywhere in Paris as well.

Noël du Camino (Santiago da Compostela, mardi 20 juin 2017)

… Oui, Noël, car l’avalanche de cadeaux se poursuit…

Il y a d’abord eu cette vague de mauvaise humeur que j’ai ressentie contre Suso, qui redemande des sous pour que je réutilise son violoncelle… Je lui écris un courriel de mauvaise humeur, vraiment: location coûteuse, état moyen de l’instrument, corde défilée, chevalet trop haut… Hargneux, je suis, et même limite méchant  (pas certain d’être resté du bon côté de la limite, pour être totalement honnête)…

Il me répond que nous nous sommes mal compris, et qu’il a d’autres soucis, en même temps; sa femme est malade… Et c’est un des sujets récurrents de ses courriels, je dois dire.

… Le tout mûrit pendant l’après-midi, parce que le matin j’étais juste d’humeur très moyenne d’être allé chercher le violoncelle à l’hôtel de luxe de l’autre fois, sous le chaud soleil de Galicie (ou Galice?).

Puis, bon, déjeuner avec Marsha, qui m’offre très aimablement la chambre dans le magnifique ancien monastère San Martino Pedrino, en plein centre ville; marche dans la vieille ville, à la recherche (vaine) de la boutique où j’avais acheté mes cartes postales, l’autre jour, retour à l’hôtel, lecture de mes nouvelles, début d’écriture d’un ou deux billets…

Arrivée de Britta, qui se plante devant moi pendant quelques minutes, pendant que je lis… Vraiment content de la revoir. Son compagnon est avec elle, mais pas tout de suite; ils vont venir m’écouter tantôt… Car c’est ça l’enjeu: j’ai proposé à plusieurs personnes rencontrées en route de venir m’écouter, puisque j’ai un violoncelle en mains; Britta et Marsha ont répondu présent.

Je réfléchis encore et m’aperçois que j’ai vraiment été bête avec Suso, dont le vrai nom est Jesus… et qu’au fond, il m’a écrit qu’il n’est pas à son mieux, et je le crois; à cause de la maladie de sa femme, Jesus vit un calvaire, quoi… (excusez-la).

Je finis par lui écrire un courriel d’excuses, lorsque je m’aperçois que, pour ce qui est de mon irascibilité, mon Camino n’a même pas encore commencé…

Marsha obtient de l’hôtel l’usage d’une magnifique et vaste salle de l’ancien monastère, magnifique et qui sonne!

J’essaie un bout du prélude de la 5e Suite de Bach, mais je ne suis clairement pas assez en forme. La 3e? Ok, ça va.

17h, je vais chercher mes invités. Marsha invite une autre personne, puis il y a Britta et son compagnon, dont le nom m’échappe encore (je lui demanderai de me l’écrire à l’apéro, et comprendrai enfin que c’est Rüdiger!).

Cassado, 1er mouvement, Bach, 1ère Suite en entier (pas de reprises avant le Menuet), 3e Suite en entier (même principe). Vendredi, je n’avais pas continué au-delà du Prélude de la 3e.

Britta réagit en me disant que ce petit récital a été « son » cadeau du Camino, ce qui, en soi, est un cadeau du Camino pour moi. Rüdiger a aimé aussi. Je demande à Marsha comment elle trouve la différence entre ce que j’ai fait l’autre jour et cette fois-ci. Elle dit que c’était plus chantant, et…

Et je m’aperçois qu’elle a les yeux dans l’eau… Elle me dit alors que, dans ce que je n’avais pas joué l’autre fois, elle a entendu Gordon lui dire que tout va bien, qu’il n’est pas loin… Gordon, son compagnon, dont elle va répandre les cendres dans la baie de Fisterra, demain…

… Gordon, qui signifie violoncelle en hongrois, aussi…

Mais je dis cette parenthèse juste pour masquer que, cinq heures plus tard, au moment d’écrire ce billet, je suis encore ému juste d’y penser.

Je vais reporter le violoncelle à la boutique Galimusic, où Anai, la patronne, veut bien entendre quelques notes. Cassado, deux mouvements de Bach, elle est émue aussi. Finalement, je paie la corde…

Retour, douche, apéritif, conversation intense et agréable avec Marsha, Britta, Rüdiger et Gail, une Américaine qui passait par là… Après son départ, les choses deviennent plus sérieuses, avec Rüdiger qui nous raconte qu’à une certaine époque, il a gagné sa vie en étant chef d’une équipe de surveillants de prison, chargé de veiller sur d’anciens SS purgeant leurs peines [note a posteriori: en particulier, des gardiens du camp de concentration de Treblinka]… Et que la lecture de leurs dossiers était encore plus éprouvante que tout ce que la télé, les romans, les livres d’histoire nous ont raconté… Et que ces prisonniers, criminels condamnés, essayaient tous de faire pitié en disant qu’ils n’avaient qu’obéi aux ordres qu’ils avaient reçus. Il nous dit aussi que, lorsqu’il doit se fâcher au théâtre (il est comédien dans la vie), il repense à ces conversations et ça marche à tout coup…

Je repense, moi, à ces conversations sur l’acceptation de notre part d’ombre…

Juste avant de souper, je reçois un courriel de Jesus, qui s’excuse lui aussi…

Dernier souper en Espagne, avec Marsha. Le garçon du resto de San Martino, lorsque je demande beaucoup d’eau minérale gazeuse avec plein de citron, m’apporte… Une grande bouteille d’eau minérale pétillante avec trois énormes quartiers de citron! C’est mon dernier souper, et la première fois que j’obtiens ce que je demande à ce sujet! Je le remercie, il rit.

Je ne sais pas vraiment pourquoi, mais j’ai envie de dédier ce billet à Gaël Huard…

… C’est pas vrai, en fait je sais pourquoi; mon irascibilité a été le sujet d’un de mes derniers cours avant de partir…

… Et maintenant, brossage de dents, préparation, dodo… Demain va venir vite… Premier vol de la journée à 6:45…

English digest: « Respire, reste dans le moment présent… »

Remerciements (Santiago, mardi 20 juin 2017)

C’est mon dernier après-midi en Espagne, à Santiago même. Il me reste encore environ 72 heures à passer en Europe, mais je crois qu’il est temps d’adresser mes remeciements pour cette partie de mon voyage. Il y aura de la répétition, mais bon, c’est aussi sincère que la première fois que je l’ai écrit, lorsque c’est le cas.

D’avant mon départ, et pour avoir rendu le voyage possible dans la forme qu’il a pris, remerciements renouvelés à Marie-Laurence, Manon, Suzie, Eugénie, Quynh, Myriam, Francis, mes élèves et ma mère… Pardon si j’en oublie…

Pendant le voyage, et en ordre chronologique très approximatif, merci à Alain, Mixu, Serge, Monique, Xabi, Tina, Jürgen, Bernie, Gerhard, Sigrid, Heike, Andreas, Andrea, Eduardo, Eugénie, Nathaly, Nathalie, Britta, Marie, Kep Soo, Lily, Magali, Ana, Peter, Aneta, Donna, Helena, Bernie, Pilar (de Riego de Ambros), Pilar (de Santiago), Roberto, Adriana, Gabrielle, Sheiko, Phu-Si, Sébastien, Amanda, Mirko, Ronny, hvala, dekuje, grazie, gracias, obrigado, thank you, danke, merci beaucoup, vous avoir rencontrés dans mon Camino a été une joie, et avoir fait partie du vôtre, un honneur.

English digest: thanks to a large bunch of nice people!

p.s. Je crois qu’il va falloir que je repasse à travers mes notes, pour être certain que je n’oublie personne!

p.p.s. Fratelli (Dis)Piacenti, Adolfo, Anai, Jesus (Suso)*…

*: voir l’histoire suivante…

Le principe de Phu-Si, ou Retour à Santiago (mardi 20 juin 2017)

Ce matin, levé tôt pour prendre le bus de Muxia à Santiago. Le long du chemin, revu au moins une ville où j’étais passé à pied, revu des flèches que j’ai suivies, revu un café où je me suis arrêté… Émotions, encore.

Vu les filaments de brume dans les champs, le lever d’un soleil rose à travers les nuées, la mer au loin, les petits villages dans les creux de vallées… Senti l’odeur de la mer, en partant…

Cela dit, la journée avait commencé de manière étrange… En montant dans le car, la conductrice me pose une, deux, trois fois une question que je ne comprends pas tout de suite; au lieu de ralentir, elle ne fait que parler de plus en plus fort et, quand finalement j’entends (moi, les langues autres que le français, avant 9h, je dois admettre que je suis plutôt déficient…), elle soupire d’impatience…

Ça me fait repenser au principe de Phu-Si, du moins à un de ses principes, mais c’est peut-être celui duquel il a le plus parlé…

« Quand il arrive quelque chose qui me dérange, je me pose tout de suite une question: ‘Vas-tu t’en souvenir dans cinq ans?’ Si la réponse est non, j’élimine tout de suite [ce qui s’est passé] de mon esprit; pas besoin de m’empoisonner la vie avec ça. Par contre, si la réponse est oui, alors j’agis… »

Bon; la conductrice du car m’a énervé… Est-ce assez important pour que je m’en souvienne dans cinq ans? Bah, important, je ne sais pas… Je devrais pouvoir effacer ça de mon esprit…

… Sauf que je viens de m’en servir pou écrire un article de blogue! Alors je risque fort de m’en souvenir, finalement!

… En fin de course, autre surprise: à cause d’une grève des transports (si j’ai bien compris), la conductrice arrête son car bien loin de la station d’autobus… Gnarf…

English digest: Phu-Si is wise, somehow, sometimes. Fascinating young man.

Esquissé passé, Galice (ou Galicie?), 20 juin 2017)

Je vois un chat couché en sphinx dans un champ, et un peu plus loin un étourneau qui s’approche en marchant vaguement vers le chat. Le chat fait comme s’il ne percevait rien…

J’aimerais voir la suite, mais je suis en autocar et trop vite passé…

Quelle différence, marcher, pouvoir « vivre » les paysages traversés…

D’Hospital à Fisterra puis à Muxia (31e étape, lundi 18 juin 2017)

Je ne l’ai pas écrit, mais hier soir, le souper a été difficile. Éprouvant. Avec quelqu’un aux prises avec des démons que je connais bien.

Terrible cadeau du Camino, une leçpn sur les addictions… Dire que c’était justement le sujet d’une conversation de la veille!

Le soir, pendant que j’écris quelques notes à ce sujet, je suis désemparé. Pas le goût de reprendre le chemin comme ça, demain matin.

Or, le matin, il attend; il nous attend, en fait. Je ne sais pas où me mettre, ni comment me comporter… Je pars un peu avant, passe vite prendre un petit café au lait, repars comme il arrive… lentement, puis plus vite.

Le matin est magnifique, encore.

(Bon; le transfert des fichiers est encore d’une lourdeur pénible… Je suis rendu des tas de paragraphes plus loin, le temps que ces trois images soient passées!)

Donc, je marche seul, pendant un moment. J’essaie de méditer, de réfléchir… Voyons, à qui demander de l’aide? Euh… Gaël?

« Respire, reste dans le moment présent… »

Merci!

… Je m’aperçois que mon pied gauche est finalement mon meilleur ami, dans ce voyage: C’est lui qui m’a fait rencontrer X [vu la sensibilité du sujet, je ne mettrai son nom que s’il m’y autorise expressément], finalement. Et ça me donne l’occasion de réfléchir à mes propres addictions (qui ne sont ni le tabac, ni l’acool, ni la drogue, mais je ne sais pas si j’avais besoin de le préciser…); ça me fait aussi penser que le Gandhi de Santiago m’a donné un petit papier portant la fameuse citation: « Be the change you want to see »… Citation que j’ai, jusqu’à ce matin, toujours lue dans le sens social… Et tout à coup, le sens personnel me frappe. Encore un cadeau. Finalement, je fais un tour mental de gens que je connais et que j’ai connus, frappés par les mêmes addictions que X… Et tout à coup je me penche er ramasse une roche. Je viens de pardonner quelque chose, de réparer une plaie. Mais je ne peux pas en rester là.

Nous avançons, puis finalement, la mer, enfin, l’océan, enfin, caché sous les brumes. C’est tout de même magnifique.

Descente, raide! Passage par Cee, petit village de bord de mer. Je suis tendu… Nous nous arrêtons pour déjeuner. X veut nous faire signer son livre de voyage. Je lui ai dit que je ne pourrai pas signer tant que je ne lui aira pas dit mon histoire. Il me dit « Je t’écoute »…

Alors, là, pour toutes les fois où je me suis tu dans ma vie, je parle. Je dis la personne qui change, la perte de contrôle, constatée hier, mais aussi perçue dans un de ses récits; je lui dis que c’est lui qui va décider quel aspect de lui-même il va nourrir, et je puise dans ma poche trois cailloux; un pour moi, et deux pour lui: la dope et l’alcool. « C’est mon cadeau du Camino; tu en fais ce que tu veux; tu peux les laisser sur la table ou les prendre; si tu les prends et t’en débarrasses, ce ne sera pas facile… » Je lui parle de mon ami très cher qui s’est débarrassé de l’alcool, de la drogue et du tabac, mais qui refuse qu’on touche à ses tomates! Je lui souhaite d’en arriver au même point, un jour.

[ce billet est dédié à cet ami très cher]

Il les prend, il pleure.

Je me sens plus léger de quatorze tonnes et deux tiers.

Nous reprenons notre chemin, séparément au début, puis X me rejoint. Au total, il semble aller mieux. Je lui dis que, s’il se débarrasse de ses cailloux, les peines que ces cailloux cachaient vont encore être présentes. Il le sait, parle à son tour et tout s’éclaire.

Nous arrivons à Fisterra. Des tas de gens nous sautent dessus pour nous proposer l’albergue pension hostal avec le bagno privado mas confortable view on the sea luxury very cheap… Gnarf…

Cela dit, X m’a parlé de Muxia, et maintenant j’ai le goût d’y aller. Alors, voyons les horaires de bus. Pas de bus direct, faut passer par Cee. Bus à 13:55 (il est midi 55!) ou à 15h. Bon, je me lance vers le phare de Finisterre.

… Une autre des marches interminables du Camino! Petite montée longue, soleil de plomb! Juste 2,2 km qui semblent durer des heures. Finalement, j’y suis.

 

J’arrive pile en même temps qu’une dame qui me propose un échange de photo. Volontiers. Je continue, passé l’hôtel et passé le phare et m’avance sur les rochers. Des tas de gens se prennent en photo. La même dame arrive finalement et me repropose un échange de photo. Re-volontiers. Nous jasons. Elle s’appelle Amanda, est Néo-Zélandaise et vit à Oman. Son mari vient la rejoindre demain, après qu’elle ait passé une dizaine de jours sur le Camino, son premier voyage seule, planifié… Ça me fait penser au voyage de Britta. Elle me demande pour moi, alors je lui dis les 31 jours, la distance… Si j’ai trouvé des choses? Tellement! Et je m’aperçois que je viens de finir mon voyage, que j’ai appris et reçu des cadeaux tous les jour, de plus en plus beaux, et je me mets à pleurer. Elle me prend dans ses bras, sans poser de question, en disant qu’elle sent que le plus long voyage brasse certainement plus de choses.

Nous redescendons en jasant, j’attrape tout juste mon car, après avoir recroisé X (et aussi Y!); nous sommes très contents de nous être revus, même brièvement. J’encourage X, qui se prépare pour sa fin de voyage, demain.

Car vers Cee; chauffeur virtuose, descente à Cee, trois heures avant le car pour Muxia… Sentiment étrange d’avoir du temps à perdre, je ne l’avais pas ressenti depuis, ciel! Début avril?

Passage devant la station de taxis, lecture des tarifs… Ben coudon, c’est pas si pire, taxi pour Muxia.

J’arrive, le village est dans la brume. Une fois posé à l’albergue, je marche sur la jetée, à petits pas de pieds fragiles. Une fois au bout, je distingue à peine le village. Dernier (?) cadeau du Camino, d’une étrange beauté, et encore un moment d’émotion.

Je rentre à l’albergue, met mon cell sur le chargeur, lis des nouvelles… et tombe endormi! Je me réveille juste à temps pour aller souper avec deux Italiens qui ont fait le même voyage que moi en dix jours, en vélo. Nous comparons nos voyages… En sortant du resto, la brume s’est levée, le village est très joli et le paysage, magnifique.

Et j’ai tant à écrire!…

English digest: the day, like the whole Camino, was not all easy but wonderful.