[accent anglais léger mais soutenu]
-Oui, madame, je le fais… Je le fais tout de suite… Oui, tout de suite, madame… D*** R***… Votre ménopause, je sais… J’ai un mémoire comme une éléphant… Oui, je fais tout de suite… Au revoir.
Esquissé passé, Montréal, dimanche 24 mars 2019
La mère ouvre la marche en donnant la main gauche à sa fille. La petite, une dizaine d’années peut-être, marche à reculons en riant aux éclats et en donnant l’autre main à sa grand-mère, qui ferme la marche.
-R’garde où tu vas; tu vas t’enfarger dans une craque du trottoir!
Rien n’y fait: entre les deux femmes qui sourient, la petite continue au moins jusqu’au coin de rue suivant à reculons, toujours en riant aux éclats.
Joie, transgression, liberté, protection, sécurité, affection…
Esquissé passé, Montréal, jeudi 21 mars 2019
-J’veux qu’tu saches que c’est correct que tu m’en veuilles!
Esquissés passés, Montréal, dimanche 17 mars 2019
Extraits de deux conversations différentes, dans des lieux différents, mais le même jour:
-Chais pas comment y a fait pour avoir autant de gens autour de lui mais y fait partie de la communauté des gens stupides!
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[Elle espère que ses enfants se comporteront bien plus tard, que ses fils seront respectueux avec les filles puis les femmes, et puis pour sa fille, après de bons souhaits: ]
-…Pis si ma fille rencontre un bâtard, j’vais l’gifler!
Esquissé passé, Montréal, vendredi 15 mars 2019
-On avait rendez-vous pour un souper de fête, il avait choisi la date, y’a oublié…
Esquissé passé, Saint-Paul, lundi 11 mars 2019
-Le pharmacien m’a dit qu’c’est parce que j’ai les trompes de Fallope infectées que j’ai les oreilles bouchées.
-Les trompes de quoi?
-J’ai-tu dit de Fallope???
Esquissé passé, Hemmingford, dimanche 10 mars 2019
La mère intervient dans une dispute. L’aîné boude un peu:
-Il triche!
-Ben tu triches tout le temps toi aussi!
… Après un moment, le cadet, regardant son frère d’un air renfrogné:
-Tu m’apprends à tricher!…
Esquissé passé, aéroport Mohammed V, Casablanca, vendredi 8 mars 2019
Ma mère passe avant moi et déclenche le portique. Le policier regarde son passeport, la regarde, ne la fouille pas.
C’est mon tour.
-Écartez les bras s’il vous plaît.
-J’ai déclenché?
-Non.
-Ah! C’est pour le plaisir, alors?…
-C’est pour le massage… Bon voyage.
-Vous êtes certain de n’avoir rien oublié?
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Une voix féminine souhaitait une bonne journée de la Femme à toutes les femmes, dans l’aérogare.
… À Montréal, me semble que des gens avaient fait des vagues, disant que leurs cultures ou leurs religions les empêchaient de répondre à des femmes pour des examens de conduite ou autre chose. J’avoue ne pas me souvenir des détails ni de quelle communautés il s’agissait.
Chose certaine, ici, personne ne semble avoir de problème à ce que des femmes nettoient les toilettes des hommes. En fait, que des femmes nettoient pas mal tout; je n’ai vu que des femmes faire le ménage.
Cela dit, bonne journée de la Femme à toutes mes lectrices.
Carnet de voyage, Casablanca, jeudi 7 mars 2019
Habous, prise deux…
Nous cherchions des souvenirs de voyage, genre cadeaux… Nous avons demandé conseil à une des serveuses des Saveurs du Palais, notre resto préféré. Elle nous a envoyés vers un genre de marché à environ une heure de marche.
Or, en approchant, voilà que nous tombons sur les arcades et les petites places telles qu’annoncées lorsqu’on lit au sujet des Habous. Donc, le quartier que nous cherchions, ben il est ici. Et c’est vrai que c’est moins moche que ce que nous avons vu hier.
Ici, sous les arcades, il y a quelques boutiques à caractère plus touristiques. Là-bas, passé la voie ferrée, c’est, hem, c’est ce qu’en Occident on appellerait le souk, je crois: il y a du monde partout, il y a des tas de minuscules boutiques, il y a vingt, trente, quarante fois les mêmes choses ou presque, il y a du monde partout! Ai-je dit qu’il y avait du monde partout? C’est étourdissant, pour un occidental. À Montréal, il n’y a qu’au métro Berri, à l’heure de pointe, sur le quai de la ligne orange en direction de Laval, qu’il y ait plus de monde.
Nous sommes arrivés trop tard, ou trop fatigués par la marche, et nous n’avons rien acheté. C’est une rare fois où ma mère et moi n’étions pas synchrones: lorsqu’elle voulait voir quelque chose, j’étais impatient, et réciproquement. Je regardais des petites boîtes en racine de thuya, et elle part en disant merci au vendeur. Elle regardait des foulards, je vois le sigle LV et je dis que c’est de la contrefaçon… Finalement, il n’y a eu que le café de bon, dans cette promenade.
Promenade où nous avons constaté, de nouveau, l’érosion du français. Dans certains milieux, dans certaines générations, le français est très bien parlé; ailleurs, ce n’est pas le cas, ou plus le cas.
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En Occident, maintenant, le message court dans bien des milieux qu’il est temps, grand temps, plus que temps, de recycler ce qui peut l’être, de réduire la consommation, de réduire la pollution… L’Occident a vendu au reste du monde des pans entiers de style de vie, et maintenant, ben, à Casablanca, en une semaine, nous n’avons pas compté le nombre de fois où des gens laissaient tomber leurs détritus par terre, ni le nombre de voitures ou de mobylettes archi-polluantes qui tiraient leurs panaches de fumées plus ou moins grises. Bon, disons que la consommation excessive est probablement moins un problème ici qu’en Amérique du Nord… Mais nous n’avons vu aucun système de recyclage, ni verre ni plastique ni papier. Par contre, nous avons vu des bouteilles de plastique flotter sur l’océan.
Reste que c’est embêtant de faire la leçon…
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Casablanca est, je dirais, une ville semi-cosmopolite, en ce sens que l’idée de l’étranger est très présente, un peu partout. Il y a bien sûr les deux langues, dont le français, les marques, les publicités, un certain nombre de mentions ici et là… Par contre, le nombre d’étrangers est très restreint. Nous avons croisé deux Canadiens anglais (qui se forçaient pour parler français, parce qu’ils étaient avec une jeune femme… Ou alors, lui se forçait parce que la jeune femme et lui étaient avec un Marocain portant une casquette à feuille d’érable, ce n’est pas clair; en fait, je n’ai pas entendu parler la jeune femme…), quelques Français, quelques Américains, un Espagnol, un groupe de Japonais… Mais à part ce groupe, il n’y a vraiment pas beaucoup d’Asiatiques.
En fait, Montréal est beaucoup, beaucoup, beaucoup plus cosmopolite que Casablanca!
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Et je vais prendre quelques lignes pour parler de notre coup de cœur, qui est un resto.
Car, puisque nous ne ramènerons pas de cadeaux, c’est que toutes les dépenses auront été en transport et en nourriture.
Il se trouve que nous avons mangé trois fois dans un petit restaurant qui s’appelle Les Saveurs du Palais. Il y a une petite terrasse au coin de la rue, une section avec des tables à l’occidentale et une autre avec des tables basses et des poufs, à l’orientale. Il y a parfois du monde qui fume (mais ça, il faut s’y faire: le tabac est aussi répandu ici qu’au Québec dans les années 90, je dirais; ce n’est plus tout le monde qui fume, mais il n’y a pas encore de zones non-fumeurs dans tous les établissements) et il y a aussi une chatte résidente (très gentille, si elle vous aime, elle va vous faire de belles façons). Mais surtout, la cuisine est excellente! Nous n’avons pas tout essayé, loin de là, mais tout ce que nous avons goûté nous a plu.
Ne restera qu’à prendre congé de Casablanca, demain matin…
Carnet de voyage et esquissé passé, Casablanca, mercredi 6 mars 2019
Étions-nous dans le quartier des Habous? Ce n’est pas clair, vraiment. Les quartiers sont vaguement identifiés sur les cartes et parfois sur des indications routières, mais les contours exacts sont parfois difficiles à saisir.
Bref, ça ressemblait à la fois à une ville de province française et maghrébine, ce qui pourrait correspondre à la typologie des Habous, ce quartier conçu il y a environ un siècle, lors de l’expansion de la ville après la Premières guerre mondiale. L’idée était justement de loger les nouveaux habitants dans un quartier qui reprendrait à la fois le meilleur des médinas et le meilleur de l’urbanisme à l’européenne.
Ma mère a trouvé ça moche; j’ai surtout trouvé ça défraîchi. Disons que ça me semblait une autre illustration de ce que je dépeignais la veille: comme il n’y a plus d’argent à faire ici, il n’y a plus non plus d’investissement qui est fait, alors les maisons vieillissent, les peintures s’écaillent, et tout part à vau-l’eau.
Je repensais au renouveau de Prague, lorsque je l’ai visitée en 1992, peu de temps après la chute du communisme: des tas de maisons étaient en cours de restauration et de repeinture, c’était en train de redevenir vibrant. La même cause, ici, aurait certainement le même effet. Mais bon…
Tout ceci pour dire que nous avons dîné dans un petit restaurant de ce quartier, plutôt sympa, avec une majorité de clients qui étaient des étrangers mais aussi quelques Marocains parlant français. Notre voisine nous a d’ailleurs très aimablement parlé des instruments des deux hommes qui jouaient à la porte, l’un avait des cymbales dans les mains et l’autre, une gambra, si j’ai bien entendu, un genre de basse à trois cordes et à table en peau tendue, qui peut être jouée à la fois comme instrument à cordes et comme percussion. Et ça sonne en titi!
Le plat principal était du poulet servi avec des crêpes coupées en longues lanières, avec des lentilles et du safran. On aurait dit des pâtes style tagliatelle. C’était très bon. La soupe hariri était un peu moins goûteuse qu’à l’autre place où nous en avons pris, Les Saveurs du Palais, mais l’orange à la cannelle, les pâtisseries marocaines et le thé à la menthe étaient totalement satisfaisants.
Sauf que…
Sauf que, dans ce charmant restaurant où tout le monde parle français et où on mange bien, il y a une salle de bains, évidemment, avec un évier qui propose savon et serviettes pour se laver les mains, ce qui n’est pas universel à Casablanca, croyez-moi. L’évier, très joli, en céramique, est placé en-dehors de la salle de toilette proprement dite, ladite salle n’a pas d’évier.
Or, lorsque je suis allé à la toilette après mon repas, il y avait quelqu’un. Pas grave, j’attends en m’éloignant un peu. La porte s’ouvre, quelqu’un en sort, c’est la cuisinière (je la reconnais à la toque qui empêche les cheveux de tomber dans les plats), et elle retourne en cuisine… sans se laver les mains…
… Bon… Il y avait peut-être un autre lavabo dans la cuisine…
Reste que je ne suis pas certain d’y retourner…
