Esquissé passé, St-Jean, mercredi 30 janvier 2019

-Ça va?
-Chuis fatigué!
-Ben là?! Une pièce de juste trois lignes? Comment tu penses faire pour jouer celle-là?

Je joue le début du prélude de la 1ère Suite de Bach. Il crie:
-Maman! C’est ta pièce!

Je m’arrête pile après la 6e mesure:
-Ça, c’est trois lignes. Comment penses-tu jouer le reste?
-Ben ça, c’est une pièce qui va vite…

Je pointe la malheureuse pièce de trois lignes avec laquelle il a fait mine de se battre pendant la leçon:
-Sais-tu pourquoi celle-ci prend tout ce temps-là?
-Parce que j’veux perdre mon temps! [sourire fendu d’une oreille à l’autre]
-Ah ha! Sais-tu que ça, je vais l’écrire sur mon site?
-T’as un site, toi? Tu mets quoi dedans?
-Ce que je veux.
-Et y’a des gens qui te lisent?

Parfois, oui.

Au moins, j’apprécie son honnêteté.

Je dédie ce billet à tous ceux et toutes celles qui, parfois, ont de la difficulté à se mettre à l’ouvrage. Avec toute mon affection.

Carnet de route, Rome, mercredi 9 janvier 2019

Ma mère, qui ne regarde pas à la dépense, a décidé de nous offrir un souper mémorable, ce soir.

Nous avons pris, en entrée, de la Mozarella Fior di latte et du Prosciutto di Parma DOP (appellation d’origine contrôlée), avec un Prosecco, puis des lasagnes industrielles mais excellentes, avec un chianti ma foi très honorable, probablement le meilleur vin rouge de notre voyage; puis, pour finir, des cantucchini al vin santo chianti DOC.

Ça a coûté un peu moins de 35 euros en tout, autrement dit moins de 54 dollars, donc un peu plus de 26 dollar par personne, vins compris.

Bon, d’accord, ce n’est pas un repas économique, non. Au contraire, c’est un genre de repas de luxe, qui aurait coûté le double, voire le triple, au restaurant, que ce soit ici ou à Montréal ou ailleurs.

… À Montréal, probablement que le vin à lui tout seul aurait déjà coûté plus que le double, en succursale de la SAQ…

Cela dit, le prodige n’est pas que l’économie relative de ce magnifique repas. Le prodige, dans un sens, c’est que le tout vient de la petite épicerie « Coop » à trois coins de rue d’ici… Nous ne sommes pas dans un quartier chic, ni même central, de Rome. Autrement dit, ce que nous avons pris ce soir peut correspondre au luxe ordinaire de M et Mme tout le monde de Rome…

Un peu comme si, au Québec, toutes les épiceries étaient des P.A. ou des Adonis, avec une section SAQ express…

C’est clairement un autre monde.

Carnet de voyage, Naples, mardi 8 janvier 2019

Ma mère cherche toujours des pyjamas, comme souvenirs de voyage « utiles » pour mes neveux. Elle a réussi, après beaucoup de recherches, à en trouver qui portaient quelque chose d’écrit en espagnol lorsque nous étions en Espagne, en français lorsqu’elle était en France l’été dernier… mais en Italie, rien.

Dans toutes les boutiques que nous avons visitées dans ce but, il y avait des pyjamas et autres vêtements avec des inscriptions en anglais, en abondance. En italien, rien! Sauf les mitaines de cuisine!

Autrement dit, la mondialisation, c’est de trouver, à Naples (Rome, Paris, Toulouse, Malaga, Amsterdam, Saïgon, Hanoï, Shanghaï…) les mêmes vêtements qu’on pourrait trouver à New York (Londres, Miami, Los Angeles, San Francisco, Boston, Toronto…), fabriqués au Bangladesh (en Inde, Tunisie, Roumanie, Chine, au Pakistan, Maroc, Sri Lanka…)…

C’est plus facile de trouver du vêtement vietnamien au Vietnam que de l’italien en Italie, du français en France… Mais après tout, plein des vêtements d’une marque en principe aussi vertueuse que MEC sont faits au Vietnam…

Par contre, pour l’électronique, les bébelles, les gadgets, les machins, les cossins… pas mal tout est fait en Chine.

Carnet de voyage, Naples, lundi 7 janvier 2019

Le Musée d’archéologie national de Naples vaut vraiment la visite. Il y a de nombreuses pièces extraites des fouilles de Pompéi et d’Herculanum, mais aussi de Rome même: des sculptures, des fresques, des mosaïques, essentiellement. On voit les « pattes » des artistes, même si très peu d’œuvres sont signées; c’est particulièrement clair en regardant les fresques tirées du temple d’Isis, où deux peintres sont très reconnaissables, à mon avis de profane.

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À part ça, deux adresses, hum, non, trois…

Une pâtisserie: La Poppella, dans la Sanita (goûter aux Fiocco di Neve!), une pizzeria, la Centenaria, via Materdei (oubliez la Starita, quelques mètres plus haut, qui est toujours archi-bondée; la margarita d’ici est excellente) et l’Osteria Donna Theresa, sur le Vomero, près du métro Vanvitelli. Ce sont les trois places où nous sommes allés plus d’une fois.

C’est là que nous avons dîné, aujourd’hui. La jeune patronne (la fille des anciens patrons, je suppose) nous a reconnus et nous a présenté le menu en français. De toute manière, c’est simple: il y a deux choix d’entrée et deux choix de plat principal. Quand il n’y en a plus, c’est simple, « Tutto è terminato; mi dispiace!… » et c’est tout. Nous arrivions à la fin du repas; le vieux monsieur vient nous desservir. Je lui demande s’il y a du café: « Cafè, non abbiamo. Un amaro? È benissimo, è da noi! », en faisant un geste de torsion sur sa joue gauche. Ça me tente, ma mère hésite. « Allora, per lei, un amaro [en me pointant], per lei no [en pointant ma mère]. »

Donc, juste après la tarte, apparaît sur la table un verre de mixture verte, opaque, forte! On dirait un mélange de chartreuse et de sambuca. C’est excellent! J’apprends qu’en fait, c’est l’épouse du monsieur qui élabore cet alcool, et que c’est à base de feuilles de laurier!!!

En partant, je dis à la jeune patronne que ma mère et moi croyons que mon père aurait beaucoup aimé cet endroit. Elle est assez fière du compliment pour le répéter aux deux vieux… je suppose que ce sont ses parents.

Ma mère et moi nous faisons la remarque que c’est le genre de truc qui n’arrive pas forcément dans un tout-compris… Peut-être avons-nous des préjugés…

Esquissé passé, Naples, janvier 2019

« J’avais vraiment l’impression que le monsieur parlait à sa voiture! Je n’avais pas vu qu’il y avait quelqu’un dedans! »

J’avais exactement la même impression, pour la même raison. Faut dire que le soir était pas mal tombé, déjà…

Esquissé passé, Naples, mercredi 2 janvier 2019

Je venais de voir le jeune homme qui avait rempli le contenant distributeur de gel désinfectant pour les mains et avait fait la queue pour un café, comme les clients ordinaires (à part la mention de la compagnie de gel désinfectant sur sa veste), je pensais qu’il n’y aurait plus rien à voir…

Jusqu’à ce que passe la petite famille… La préadolescente format échalote s’est pris une dose de gel déraisonnablement exagérée. Le sourire fendu jusqu’aux oreilles, elle appelle au secours papa et maman, qui ne suffisent pas à tout éponger même s’ils ne se servent pas au distributeur. La fillette s’essuie consciencieusement les mains pendant un bon bout de temps, et pendant tout ce temps il reste aussi des traces du sourire.

Esquissé passé, Naples, lundi 31 décembre 2018

Histoire de deux couples…

Ils sont dans la fin vingtaine, peut-être, lui beau et elle très belle, assez grands et minces, lui vêtu de beige (la couleur, pas le style), cheveux et barbe bruns courts, elle en manteau rouge vif, cheveux bruns longs, montée sur des talons aiguilles vertigineux; c’est simple, je me demande comment elle peut marcher sur les pavés en pente! Il tend le bras vers elle, elle éloigne sa main. Quelques paroles échangées de plus, même manège et même résultat. Elle n’est pas contente. Ils marchent quand même ensemble, en remontant la petite pente. Je me retourne, pour voir; quelques pas plus loin, il lui passe le bras autour de la taille. La réconciliation est en cours.

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Autre quartier, plus âpre, autre couple, plus âgé: peut-être fin quarantaine; la discussion et la pente sont aussi plus âpres. Ils sont vêtus en sombre, tous les deux, Les visages sont plus empâtés, les cheveux moins stylés, le geste pour repousser la main tendue est plus rêche. Il me semble même entendre des petits éclats de voix. Je me dis que ça va finir plus mal que ce matin…

Nous les dépassons de quelques pas. J’entends un moteur de scooter démarrer, la lueur des phares éclaire déjà les pavés dans le début de crépuscule. Je me retourne: il est assis au guidon, elle s’installe en place arrière, sans cesser de regarder son cellulaire. Pourtant, me semble que la réconciliation est entamée, là aussi… Bon, il se peut que je me goure totalement…

… Reste que… Comme je le dis parfois à mes élèves, dans l’enseignement, il y a une part de théâtre. Ben, dans les relations amoureuse aussi.

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Ma mère n’a rien vu dans les deux cas. Ça ne fait rien, je suis certain qu’elle perçoit des tas de choses qui m’échappent.

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Amour, santé, joie, paix, musique et succès pour 2019!