
Le cours du Camino a encore changé! Grrr!
Bon; on continue pareil.


Réflexions et observations…

Le cours du Camino a encore changé! Grrr!
Bon; on continue pareil.


Si cet écriteau, dans le bistro où j’ai soupé, dit la vérité (pourquoi je doute? Parce qu’une maison à Santo Domingo de la Calzada proclamait que nous étions à 550 km de l’arrivée, alors que le premier panneau en sortant du village disait 565 et qu’un autre, plus loin encore, affichait 575km! Zut! Que l’euro fluctue par rapport au dollar, je veux bien, mais le kilomètre par rapport au Camino?!??!?! Eh! Oh!), donc, bref, si cet écriteau dit vrai, j’ai déjà fait plus de 580 km et il m’en reste moins de 200 à faire… Ça achève…
Ce matin, je commençais ma quatrième semaine de marche…

English digest: « All things must pass » (George Harrison)
Hier soir, je parlais avec Michaël et lui racontais comment j’essaie d’amener mes élèves à être moins critiques envers eux-mêmes…
Ce matin, Éliane m’a demandé si j’avais reçu ce commentaire qu’elle m’a envoyé après son concert… Je ne sais pas si je puis le qualifier comme un cadeau « du Camino », mais c’est certainement un cadeau émouvant. Merci beaucoup!
Je ne l’avais pas publié parce que je n’avais pas bien saisi son intention, mais puisqu’elle m’y autorise, le voici:
Ma première année de violoncelle m’a appris beaucoup de chose.
D’arrêter de me juger ou de me taper sur la tête lorsque je fais une fausse note.
De continuer de jouer malgré mes erreurs.
D’accepter les compliments au même poids que la critique, ni un ni l’autre n’est dit à la légère.
D’écouter notre instinct et nous faire confiance sur la justesse de nos notes.
De ne jamais arrêter quoi qu’il arrive, la musique continue à jouer.
De se relever les manches et suivre le tempo.
De regarder les prochaines notes à jouer et non les dernières.
De suivre le rythme, malgré que nous n’ayons pas de contrôle sur le choix des notes.
Le violoncelle peut se jouer en solo, mais il est toujours plus agréable en duo.
Parfois, nous n’avons pas le contrôle sur notre partenaire, mais il faut tendre la main, le soutenir et avancer ensemble.
Lorsque la base est apprise, nous rajoutons de la complexité. Soit à apprendre à jouer plus d’une note sur un seul coup d’archet ou à jouer sur plus d’une corde à la fois.
Ensuite, viens le temps d’apprendre à jouer en accord et en harmonie.
Par contre, il ne faut jamais oublier la base, là où les notes sonnent juste et claire.
Malgré tout, nous avons le dernier mot sur une seule chose, le choix des pièces. Si l’une est plus agréable à jouer, rien ne nous empêche de la choisir plutôt qu’une autre.
Viens le temps d’apprendre à jouer en extension, soit à sortir de notre zone de confort momentanément pour aller chercher un son nouveau et peu commun.
Et finalement, lorsque le plaisir arrive, nous rajoutons des couleurs et des nuances à la mélodie pour rajouter notre touche personnelle dans chaque chose pour que lorsqu’on se fait écouter, les gens croient que c’est une toute nouvelle pièce sorti de nos tripes !Bref, ma première année de violoncelle m’a appris à respirer, rester calme et écouter ma petite voix intérieure. À arrêter de stresser sur les choses qu’on ne contrôle pas, le soleil va se lever demain quoi qu’il arrive.
Lors de mon premier cours, Nicolas m’a demandé si je voulais jouer de la musique ou si je voulais devenir une violoncelliste. Dans le temps, je ne voyais pas la différence. Il essayait de me faire comprendre que je peux jouer et lire la musique sans plus, ou être une musicienne dans mon quotidien. J’ai eu énormément de plaisir dans la dernière année et de la fierté d’avoir été son élève. Merci à mon professeur, Nicolas Cousineau, pour toutes les leçons qu’il m’a apprises. Je suis changé à jamais et je n’ai que hâte à l’année prochaine !
Merci mille fois.
Bon; ce matin, j’ai essayé de filmer le paysage avec les magnifiques chants d’oiseaux depuis le balcon de Pilar, mon hôtesse de la nuit dernière, mais on me dit que le son n’est pas passé… Désolé… J’ai filmé directement dans WordPress, je ne sais même pas comment récupérer le film pour le mettre dans Youtube…
… Toujours est-il que je n’étais pas totalement content de partir si tard… Sauf que Pilar m’a très aimablement offert non pas un mais deux cafés, et raconté plusieurs histoires depuis qu’elle tient pension. J’ai appris beaucoup de choses… Comme l’histoire de ce pèlerin allemand, qui lui dit quelque chose qu’elle ne comprend pas, puis dessinne… et elle se souvient alors que c’était lui qui frappait aux portes, il y a cinq ans, plié en deux au beau milieu de la nuit, et pour qui elle a appelé l’ambulance… Et gardé ses effets dans la chambre, pendant les jours de son hospitalisation. Elle m’a aussi raconté cette patiente qui était tombée et marchait croche, qu’elle a emmenée à l’hôpital où on lui a diagnistiqué une fracture. Ou encore cette voyageuse qui prend une chambre pour une personne mais se trouve mal de voir qu’il y a deux lits dans la chambre… Descend et montre à Pilar un écran sur son cellulaire où il est traduit qu’elle ne veut pas partager sa chambre avec un homme! Et Pilar de lui expliquer que la chambre est à elle seule…

L’histoire la plus émouvante était celle de cette voyageuse, il y a peu de temps, qui passait pour la septième fois, oui, son septième Camino… Elle l’a fait avec son mari, avec ses enfants, de plusieurs manières… Et le faisait seule, cette fois-ci, et pour la dernière fois, en mémoire de son mari décédé…
Ensuite, nous avons cueilli plusieurs cerises et je suis parti. Et grâce à l’influence de Michaël et de Pilar, j’ai descendu la première pente, assez raide merci, sans bâtons, et même en mangeant des cerises! Mes pieds étaient à la fête.
J’ai assez rapidement rejoint François, un Charentais, qui descendait moins vite, nous avons jasé quelques instants…

Puis j’ai rejoint Breida, une charmante Irlandaise qui descendait pas mal moins vite, et nous avons passé un bon bout de la journée ensemble: déjeuner à Molinaseca

(en compagnie d’un bassiste brésilien qui avait joué ici la veille: Anton)…

… café à Ponferrado (magnifique ville!)



et dîner à… zut, j’ai oublié. Tellement de villes et villages en si peu de temps! Et j’ai oublié mon guide à l’hostal…

Nous nous sommes laissés à la ville avant celle où je suis maintenant, qui s’appelle Cacabelos. En arrivant à l’albergue, surprise: Michaël est là, qui m’attendait presque.

Quelques paysages:

English digest: Lovely day walking, for most of the time, with a charming Irish lady, Breida. Enjoy your Camino!
51867819610__5A0DC5E7-5DC3-44AC-BACE-ED46A2147564
Mon hôtesse à Riego de Ambros
51867604727__C0F979A7-2A44-4556-B1C4-F16973F36B89
Vu et entendu de ma fenêtre pendant mon yoga…
Alors donc, oui, Rabanal, puis Foncebadon, puis la montée vers la Croix de Fer. Montée relativement douce, avec une vue magnifique sur la plaine que je quitte.

Rendu à la Cruz de Ferro, je dépose la collection de cailloux que j’ai ramassés, chaque fois que j’ai pensé à une bibitte que je voudrais laisser tomber. Une Espagnole me prend en photo, en retour de service.
Le chemin continue au sommet, avec de nouvelles montagnes:

Un village en ruine où il devait y avoir quelqu’un que je n’ai pas vu, je n’ai rencontré que le chien:

J’ai aussi rencontré des vaches aux cornes fort élégantes:

Je ne me suis pas arrêté pour prendre une pause à une caravane super équipée; ça a pris quelques centaines de mètres avant que mon pied gauche me le pardonne…

Puis je suis arrivé de l’autre bord, là oùo la vue est devenue époustouflante… et la descente, vertigineuse. Vraiment, la descente la plus exigeante depuis le début de mon voyage. Comme trois fois l’Alto du Perdon, entrecoupées de descentes moins pires. Là, mes deux pieds étaient fâchés. Petite pause à El Acebo, où l’hospitalero paroissial m’a donné deux yaourts et de l’eau, puis j’ai continué, voulant me rendre à Molinaseca, mais… mon pied gauche a dit « basta » à Riego de Ambros. Bien. Je vois l’annonce d’une pension où on parle français. J’y vais, chambre individuelle avec toilette privée, pas trop chère, espace pour faire du yoga, youppi!
J’écris aux amis qui me suivent, Roberto et Adriana, mais aussi Britta, Andrea et Tina, pour les mettre en garde contre la descente. Tina n’a pas encore réagi à l’heure où j’écris, les autres sont contents.
La dame de la pension m’indique un resto, « le » resto du hameau. J’y vais. La vue est superbe. En descendant, je m’aperçois que Michaël est assis près de la rambarde. Comme j’ai mis sur le tas le caillou pour-me-permettre-d’oser-faire-ce-que-j’ai-envie-de-faire, je m’invite à sa table! Il accepte le fait établi en souriant un peu, m’indique ce qu’il a commandé (j’imite presque tous ces choix, et ne le regrette pas! C’est excellent!)…
Et commence la conversation la plus incroyable de mon voyage! J’ai l’impression d’avoir mon double négatif sous les yeux: il aime faire voler des avions mais n’a pas aimé être pilote; il a conscience de la variabilité des choses, il suit ce qu’il aime et a le goût de faire, il n’est pas dans les groupes (il dit qu’en fait, il est dans le groupe; c’est les autres qui n’y sont pas!), articulé, écorché vif, charmant, discret, gauche, brillant… Sens de l’humour à la germanique, comme je commence à apprécier, il dit, entre autres, que la sagesse ne s’enseigne pas mais qu’elle s’observe, me parle de Hermann Hesse, de comment il marche, parfois même court dans des descentes vertigineuses comme celle d’aujourd’hui, sans se poser de question, en laissant ses pieds aller là où ses yeux les guident sans pourtant observer, et en se laissant glisser s’il glisse…
Il ne fait pas de yoga; pourtant, il me semble avoir conscience de l’illusion qu’est ce monde, avec plus d’acuité que toute la classe de Gaël mise ensemble… Du moins, à l’heure de mon cours individuel, mettons.
Je ne peux même pas dire tout ce que nous avons échangé. Seulement que c’est le cadeau le plus troublant du Camino, et peut-être le plus précieux. Je sens que j’en ai pour des mois à laisser remonter tout ça.
En partant, j’avais ça sous les yeux:

English digest: Camino is amazing!
Tantôt, au milieu de nulle part, je salue une dame un peu âgée, assise sur un banc à ma droite, sous les arbres. Elle m’invite à partager la pomme qu’elle découpe. J’accepte. La pomme est excellente, ma meilleure depuis des mois. Je la remercie et me présente.
Petra est Hollandaise, sexagénaire. Je lui demande si c’est son premier Camino. Elle me dit que c’est son premier « vrai »! Quoi? Il y en a eu un faux?
L’an dernier, elle a fait le chemin avec sa sœur aînée, qui avait 66 ans et marchait difficilement. Alors, elles ont sauté les trop longues étapes, pris des bus, pris des taxis… Elles ont marché en totalité les 100 derniers km. Ce fut difficile.
En arrivant chez elle, Petra s’est promis de faire un « vrai » camino dès cette année. Elle me montre une photo de son fils, sa bru et ses petits-enfants. Elle avait promis à son petit-fils d’être là pour son anniversaire, le 10 mai, et de partir le lendemain; elle a tenu parole. Et cette année, en plus, elle prend son temps et voyage sans sac à dos; elle l’envoie d’étape en étape.
… Cette année, Wilma, sa sœur, ne peut plus marcher…
Donc, finalement, Wilma a vraiment fait son vrai Camino, Petra en est contente, et elle est aussi contente de faire son propre vrai Camino maintenant.
Nous nous extasions sur le paysage…

En chemin, je dépasse de nouveau Lily, qui est tellement harnachée que, vue de dos, elle me fait penser à un astronaute…
Je ne l’ai pas dit hier, mais elle a été gravement brûlée par le soleil et par son sac. L’albergue à Leon l’a gardée quatre jours, le temps que ses blessures guérissent assez pour lui permettre de repartir. Ça me semble tellement plus humain que ce que je contais l’autre fois… J’ai aussi oublié, d’ailleurs, lorsque j’ai parlé de Gabrielle, de raconter qu’elle a probablement été victime de la même bibitte que l’autre personne dont je parlais il y a quelques jours, et a été prise de vomissements pendant toute une nuit. À son réveil, l’hospitalero lui a dit toi, tu ne bouges pas d’ici. C’est pour ça qu’elle avait perdu son compagnon de voyage temporaire, un Italien qui l’a tout de même très bien accompagnée lorsqu’elle s’est pratiquement évanouie dans la rue…
Tout ça pour dire que je me suis arrêté pour un café à Foncebadon, le dernier village avant la Cruz de Ferro, l’endroit où je vais laisser tous mes cailloux (j’en ai ramassé d’autres!). Je crois que ça marque vraiment quelque chose dans mon voyage; c’est presque le début de la fin.
Lily m’a rejoint et m’offre du jambon.
Voici le paysage:

Je raconte en quelques mots à Lily comment je l’ai inscrite dans mon blogue. Elle sourit, puis me dit qu’elle veut, dans ce voyage, aider les tens qui ont besoin d’aide. … Et c’est elle qui en a eu besoin. Le Camino est vraiment, euh, y a-t-il un qualificatif que je n’ai pas encore utilisé?
English digest: today my third week is ending…
Au journal télévisé, j’entends parler du jeune Espagnol qui s’est opposé aux assaillants à Londres… Émotion.
J’entends aussi que les terrasses à Salamanque seront dépourvues de couvert, pour lutter contre de possibles attentats…
Notre planète est magnifique mais notre monde est fou… 🙁
Hier soir, je n’ai pas pu mettre en ligne tout ce que j’avais écrit, alors je me suis couché. Au réveil, je me suis trouvé face à ceci:

Puis, une fois en chemin, accompagné par ceci:

Pour arriver là, où je viens de déjeuner et écrire et mettre en ligne…

… Et bien sûr me délivrer l’esprit de soucis qui pourraient devenir pressants dans les prochains km…
Ce qui va me donner l’occasion de corriger un presque mythe relatif aux toilettes espagnoles.
En effet, la légende veut qu’il n’y ait jamais de papier hygiénique dans les toilettes, par ici. Disons la quasi légende: je n’ai moi-même jamais été pris dans cette fâcheuse situation et n’ai entendu qu’un seul récit du genre.
Par contre, ce qui fait souvent défaut, ce sont les essuie-mains, que ce soit sous forme d’air chaud ou de serviettes, et aussi, presque aussi souvent, le savon…
English digest: in the loo, bring your cell phone and your soap. You’ll thank me.