Déjeuner à Sahagun (dimanche 4 juin 2017)

Levé très tôt, plié mon linge pas vraiment totalement sec, parti à 6h06, revenu parce que j’avais oublié de déposer la clef (…), reparti à 6h13, traversé San Nicolas del Real Camino sans m’arrêter, sinon pour une photo…

Dans un sens, j’aurais aimé dormir ici! Mais je n’aurais pas eu l’extraordinaire entrevue avec Roberto, hier soir… Et je doute que mon pied gauche aurait accepté les km supplémentaires, hier soir…

Donc, pas arrêté… Première albergue: semble trop chic, trop nouvelle, bah… seconde, n’est pas sur le chemin… troisième… n’existe pas, tiens, le village finit ici. Ben coudon, Sahagun ce sera.

Marche en solitaire un bon moment, puis en vue de Sahagun, quelques mots puis quelques pas avec Gordon, Anglais récemment retraité, à la faveur d’un détour vers un ermitage.

Il faisait 10 degrés et venteux lorsque je suis parti. La tortilla con patatas et le café sont bienvenus!

English digest: back on line and back on the way.

Histoire de Roberto et Adriana (Moratinos, 3 juin 2017)

Juste comme j’écrivais que j’étais curieux de son histoire, Roberto est apparu et est venu me parler. Il était intrigué par mon clavier; je lui ai parlé du cadeau de ma mère à mon père, qui est devenu un cadeau pour moi suite au décès de mon père. Il m’a dit que justement, son père avait été malade lors de son premier Camino, il y a vingt ans, et était mort peu de temps après.

Il m’a surpris, ensuite, en me disant que j’étais une des quatre personnes qu’il avait retenues de son voyage jusqu’à maintenant, en compagnie de trois autres Italiens! Juste parce que nous avons parlé de musique!?

Il a accepté de me raconter son histoire; je vais la rendre du mieux que je puis.

Roberto est professeur de gymnastique; il a étudié à l’ISEF de Lombardie, à Milan. Il a un fils de 40 ans et une petite-fille de 8 ans.

Roberto n’était pas convaincu par la spiritualité de l’église catholique, ni par l’hindouisme, ni par le bouddhisme, ni par le soufisme, par rien, finalement. Il manquait toujours quelque chose.

Finalement, il a assisté à la première conférence de spiritisme…

(Il m’explique la pensée spiritisme, qui repose sur un principe de réincarnation qui me fait sérieusement penser à la foi des Cathares, que j’avais apprise pendant mes étés cordais, sauf que les mauvaises vies ne donnent pas lieu à des réincarnations en animaux… pour un résumé, voir Le nom de la Rose, où le tout est assez bien expliqué. Autrement, la référence française est Allain Kardec.)

Donc, il assiste à la première conférence de spiritisme à Natal. Il a rencontré la crème de la crème du spiritisme et a commencé à l’étudier et à s’impliquer comme bénévole. Il est resté au total onze ans au Brésil.

Après deux ou trois ans, il a rencontré Adriana, et ils ont d’abord été patients, puis ont travaillé ensemble dans deux centres de spiritisme: un de magnétisme, suivant et amplifiant la tradition française, et un de chirurgie spirituelle, le centre Francesco di Assisi, à Ceara Mirim.

(Adriana a 7 frères et 5 sœurs, nés dans la campagne pauvre près de Natal, sa mère est morte jeune, presque à la naissance de son dernier enfant. Son père travaillait sur une ferme, il est mort lui aussi peu de temps après; les plus grands s’occupaient des plus petits Ils sont tous partis, chacun leur tour, vers la ville pour trouver du travail.)

Cependant, il y a une grande différence d’âge entre eux, de l’ordre de 42 ans. Roberto a 70 ans, Adriana presque 28. Roberto ne voulait pas accepter l’amour qu’il ressentait. Après trois mois de fréquentation, lorsqu’ils sont venus en Italie, Roberto a consulté un psychologue. Un premier psychologue devait l’écouter, mais Roberto a été malade, incapable de se rendre au rendez-vous. Un second rendez-vous a été pris, avec une psychologue, Madame Castagnetti. Elle a écouté Roberto et Adriana pendant 20 minutes, puis a démoli les peurs de Roberto en lui disant de ne pas se cacher. Alors, il a accepté la situation.

Ils ont fait ensemble un tour du Brésil à moto, 11 000 magnifiques kilomètres, en 2014. En 2015, Roberto a eu un accident de moto et le bras gauche fracassé.

Ici, les récits divergent: Roberto dit que c’est avant l’accident, Adriana dit que c’est après, mais Roberto a eu l’idée de créer un centre de spiritisme dans son patelin, Villafranca di Verona. Il voit une lacune importante dans la connaissance du spiritisme en Italie du nord.

Ils étaient encore très liés au Brésil, ce qui explique que ça ait attendu si longtemps. Mais la présidente des spiritistes italiens, Regina Zanella, et la présidente des spiritistes des États-Unis, lui ont donné l’impulsion de créer le centre, « c’était presque un ordre ».

Alors, il a mis en vente ce qu’il avait construit au Brésil, une vaste maison près de Natal, et est retourné en Italie avec Adriana. Il y est retourné aussi un peu pour se rapprocher de sa vieille mère (il a un frère et une sœur, laquelle s’intéresse au spiritisme alors que le frère, pas du tout!)

Le projet original était de passer une partie de l’année au Brésil, l’autre en Italie, mais ce n’était pas pratiquement envisageable.

(Roberto me raconte qu’à 18 ans, il a rêvé de vivre à un endroit où il serait à l’abri de l’hiver humide et gris du nord de l’Italie; pendant 11 ans, c’est ce qu’il a fait!)

Le projet de centre de spiritisme, qui devrait devenir un foyer de la discipline, est encore tout entier dans son esprit, mais il compte bien entamer sa réalisation l’an prochain.

Pour vivre en Italie, Roberto et Adriana, qui sont liés spirituellement depuis 7 ans et demie, se sont également mariés légalement en janvier dernier.

L’idée du second Camino est venue à Roberto peu de temps avant leur voyage vers l’Italie pour y vivre.

As I wrote earlier, english digests are off line today. See you soon!

De Carrion de los Condes à Moratinos (16e étape, samedi 3 juin 2017)

… Que rajouter sur ce que j’ai déjà dit? Je crois avoir oublié, du point de vue du chemin, qu’alors qu’hier j’ai longé le Canal de Castille, ce matin je marchais sur le tracé de la Via Aquitania, oui, une ancienne voie romaine.

Évidemment, les arbres ne sont pas d’époque; le gravier non plus… Je crois qu’il ne reste vraiment que le tracé rectiligne.. Très rectiligne!

J’ai laissé Andrea et Nathalie-la-rapide à terradillos de los Templarios et ai continué un village plus loin; je pensais revoir Daniel et Ana, qui m’ont dépassé pendant mon café à Ledigos, mais ne les ai pas vus.

(Nathalie et Andrea)

Aussi, Andrea m’a dit qu’il y avait une église Saint-Nicolas ici; je vais aller y jeter un coup d’œil après ma bière d’étape.

À la place d’Andrea, Nathalie, Daniel ou Ana, je suis dans la même chambre que Salvatore et Adriana; lui, Italien de Vérone, 70 ans, prof de sport et elle, Brésilienne de, quoi, 24-25 ans? Je ne connais pas leur histoire, mais ils partagent le même lit. Dans un sens, je suis curieux, et ça fait plusieurs jours que nos chemins se croisent… mais Salvatore parle vite et je ne comprends pas toujours ce qu’il dit… Et Adriana (ou Diana, selon les jours), j’ai à peine entendu sa voix.  Enfin, nous verrons bien.

Parlant d’étapes… j’ai probablement franchi la moitié de mon voyage, maintenant… Ça fait un peu drôle d’y penser.

Correction: c’est Roberto, pas Salvatore, pardon! Et il est venu me rejoindre juste comme j’écrivais ceci. Je vais avoir son histoire sous peu…

English digest: walking on a Roman way is a straight through business.

Café à Ledigos (3 juin 2017), suite

Après le café et la vague de tristesse de tantôt, Nathalie et Andrea se sont assurées, chacune à sa façon et à son moment, que j’étais correct, puis nous sommes repartis.

Quelques pas avec Andrea, qui me parle de ses enfants partis du nid, puis de Schubert et de Satie (qu’elle joue au piano)…

Puis, marche solitaire… Pensées supplémentaires sur la pièce, sur la vie, sur Logical Song…

J’ai peur de ce que je trouve… Je l’accepte, pour le moment; je prends un caillou sur le chemin…

English digests are off line for the time being.

Café à Calzadilla de la Cueza (3 juin 2017), suite

Andrea nous raconte les visites à son urgence de cette Syrienne, fin quarantaine, qui fait des crises d’épilepsie sans être épileptique… crises causées par une dissonance au cerveau; elle parle des marques de menottes aux poignets, des brûlures dans le dos…

J’essaie de parler d’Incendies, ce printemps, et me mets à pleurer…

Statut dédié à ma tante Marie-Dominique et à ses excellents comédiens et son excellente équipe.

J’ajoute à la dédicace Luc, pour la belle chanson, Louise, Emmanuèle Et Karine pour la permission de l’utiliser, et enfin Wajdi Mouawad pour la pièce.

No english digest.

Café à Calzadilla de la Cueza (3 juin 2017)

Fait la grande traversée… du…

Tellement de monde que je n’ose plus dire « désert »…

En plus, il y a maintenant une mini cantine au milieu de nulle part…

Mon pied gauche m’a fait ralentir…

Deux pauses, très bienvenues, puis ce café à la sortie…

Beaucoup de longs moments de silence, même si ce n’est pas ce que je raconte le plus…

English digest: loooooooong straight walk. Left foot hurt. Was fun nevertheless.

Musique: note à mes élèves… (Carrión de los Condes, 2 juin 2017)

Surprise sur le Camino: un concert de guitare, ce soir! Bon guitariste, qui s’est bien sorti du trouble, justesse remarquable, quelques très jolies idées musicales, répertoire intéressant que je ne connaissais pas du tout.

… Deux réserves, toutefois; une envers l’organisation du concert: annoncer un concert gratuit partout en ville puis afficher contribution volontaire juste à la porte, ce n’est pas très correct, à mon sens…

Ensuite, et c’est ici que je m’adresse à mes élèves: s’il-vous-plaît, pensez à jouer pour la dernière personne au fond de la salle! Pas seulement pour votre maman au premier rang! Promis, si vous faites ça, je serai fier de vous! Mais, plus important encore, vous pourrez être fier(e)s de vous!

Bon concert à ceux et celles qui n’ont pas encore joué!

… Message aux gens qui viendraient m’écouter en concert: si jamais je joue « au neutre », ôtez-moi mon archet et envoyez-moi en vacances!!!

p.s. écouter un concert tout tordu sur un banc d’église dur et inconfortable, après 7 heures de marche avec un sac à dos un peu lourd… pas l’idée du siècle.  Heureusement que le récital était court!