De Boadilla del Camino à Carrión de los Condes (15e étape, 2 juin 2017)

Aujourd’hui, début de ma troisième semaine de chemin. J’ai raconté dans les billets précédents les aventures du matin; pas grand-chose à rajouter, sauf le monsieur à l’accueil du Monastère Santa Clara. Disons qu’il prend son travail très, très, trrrès au sérieux. Nathalie-la-rapide dit que c’est la version masculine de la mère supérieure!

Oui, Nathalie, parce que nous nous retrouvons encore, avec Andrea, ensembles. Andrea était très contente lorsque je l’ai vue arriver au village. Je sens que pour elle, ce voyage est toute une découverte. Aussi, elle a commencé à Logrono; je réalise que ma semaine d’expérience de plus fait bel et bien une différence.

English digest: met a very serious man, yet still had a lot of fun!

Esquissé passé: deux paraphrases d’Andrea, 2 juin 2017

[nous parlons de religion, ou pas… Elle me raconte qu’elle a été élevée catholique…]

-À 35 ans, j’ai cessé d’aller à la messe; je croyais que j’étais adulte, mais je n’ai pas osé le dire à mes parents…

– – –

-À Burgos, je regardais les gens sur la place, devant la cathédrale; ils étaient comme nous [elle pointe ses jambes, des mollets vers les orteils]: rouge, blanc, ampoules!

Esquissé passé, 2 juin 2017

Deux couples de cyclistes qui font route ensembles. Les deux hommes, même carrure affirmée, même âge, fin quarantaine ou début cinquantaine, mêmes genres de maillots cyclistes bien collants, roulent de concert à l’avant en parlant fort. Les deux femmes, elles aussi du même moule, plus petites, fines, brunes claires à cheveux longs, suivent de concert, quelques pas plus loin, en silence. Elles aussi portent des maillots moulants, assortis, ce qui fait qu’on voit clairement qui est la femelle de qui…

Dîner à Villalcazar, vendredi 2 juin 2017

Départ ce matin, déjeuner, j’ai déjà raconté.

Marche, après le déjeuner, avec Nathalie et Andrea, puis elles se sont arrêtées au premier village suivant pour aller voir l’église. J’ai continué jusqu’à l’autre, Villavieco, où je me suis arrêté pour prendre un café juste avant la pluie. Andrea et Nathalie sont arrivées au moment des premières gouttes.

Il a plu pas mal, puis nous sommes repartis lorsque ça s’est calmé.

Nous avons pris la grand route, pour éviter la boue du petit chemin. Au premier village suivant, Nathalie s’arrête encore, Andrea et moi continuons et rattrapons un groupe de gens…

Nous marchons un tout petit peu plus vite qu’eux et nous retrouvons dans le groupe. Une dame s’arrête, pour replacer je ne sais quoi, puis repart, elle me suit comme si elle allait me dépasser…

Mais quelque chose dans le bruit de ses bâtons m’agresse incroyablement! Je me sens coincé. Je me penche en avant et accélère, je ne me souvenais même plus que je pouvais partir comme ça. Je me sens mal, je n’ai rien dit à Andrea. Mais, il faut que je m’éloigne.

Quelques minutes plus tard, mon pied gauche, qui allait vraiment bien, me fait payer mon écart de conduite… mais je suis assez loin, je peux ralentir.

Je rattrape Christina, qui était à l’abri avant la pluie et qui est partie avant nous… dernières salutations, elle s’arrête au prochain village.

… Finalement, je m’arrête aussi, j’ai faim.

Une fois assis au resto, commande passée, je vois Andrea qui monte vers l’église. Je sors en courant, pour m’excuser. Elle me sourit, me dit que ce n’était pas nécessaire… Elle, au contraire, a ralenti… pour la même raison!

English digest: one precise stick noise made me crazy! Not in the good sense.

Message de Christina (déjeuner à Fromista, 2 juin 2017)

Ce matin, après une marche solitaire  (si on exclut les nuages d’insectes) le long du canal de Castille, surprise: un déjeuner à six, Jürgen, Bernhard, Christina, Andrea et Nathalie-la-rapide et moi, à Fromista, au lever du soleil.

Ça me fait repenser à un message de Christina à mes lecteurs et lectrices, qu’elle m’a dit hier soir:

« Dites-leur d’aimer la vie. »

Voilà qui est fait.

English digest: Christina says: love life.

Christina (Boadilla del Camino, 1er juin 2017)

Christina est Brésilienne et Italienne (héritage de son arrière-grand-père), elle parle portugais, bien sûr, mais aussi français (très bien, même si elle ne me croit pas quand je le lui dis), anglais et italien.

Son fils vit à Londres; il est Brésilien, Italien et Anglais, mais ce n’est pas ça qui est important dans l’histoire. Ce qui compte, c’est qu’il a fait le Camino l’an dernier.

Christina voulait faire le Camino depuis longtemps, déjà. Son fils l’a encouragée, alors bon, elle se lance.

Ai-je dit qu’elle est déjà sexagénaire? Qu’elle marchait avec un couple qu’elle a fini par laisser derrière, parce qu’ils ne faisaient que 15 km par jour? (Elle en fait 20)

Est-elle pélerine? Non; plutôt marcheuse, comme moi, et heureuse de ce qu’elle trouve en chemin, et du temps seule, et… par anticipation, certaine d’être heureuse de retrouver sa maison et son confort!

Ah, je crois avoir oublié de préciser qu’elle a deux hanches artifielles… Et tout mon respect!

Deux hanches artificielles, mais elle n’est même pas la personne qui boite le plus sur le Camino.

 

Andrea lui a demandé, en soupant, si elle a un permis pour passer dans les aéroports, parce que ses hanches font certainement sonner les détecteurs de métaux; Christina dit que non, qu’elle passe toujours par une seconde machine et que tout finit toujours pas s’éclairer.

… Andrea dit alors que son mari a deux barres de métal dans un avant-bras… et qu’il déclenche toujours les détecteurs en Allemagne, mais jamais en Grèce.

English digest: respect for Christina, a nice walker of the Camino!

De Hontanos à Boadilla del Camino (14e étape, 1er juin 2017)

En suis-je déjà à la fin de ma seconde semaine de marche?

Ce matin, déjeuner chez Manuel, aussi chouette que le souper de la veille (même s’il n’a pas chanté). Puis, test pour mon pied gauche: following herr Jürgen für zwei stunden; so far, so good, tutto va bene, muchos gracias.

Ouf, le Camino est tout un défi pour mes facultés linguistiques.

Deux heures de marche jusqu’à Castojeriz, petit déjeuner, puis deux heures de marche jusqu’à Ite de Vega, dîner… Le premier village était très joli, le second, très moche et très triste. Tellement de maisons fermées…

Autour du premier village, je rencontre Eugénie et une des Nathalie d’hier soir; nous jasons un peu sur le chemin, puis elles continuent pendant mon déjeuner avec Jürgen et Bernhard. Nous (J, B et moi) les rattrapons au début de l’ascension de la Meseta de Matolares; je monte en jasant avec Eugénie. En haut, nous (E et moi) rattrapons les deux Nathalie. Nous (tout le monde) avons pris une photo pour immortaliser ce bref moment où les Québécois ont été en majorité sur un minuscule coin du Camino…

Nous (les Québécoises et moi) nous sommes laissés juste avant la descente, de l’autre côté de ce tout petit plateau; la vue était magnifique! Malheureusement, le téléchargement de la photo précédente m’a pris 15 minutes; j’en ai un peu marre; la photo du paysage attendra.

Juste avant le second village, nous (Jürgen, Bernhard et moi) rattrapons Andrea, la dame que j’avais rencontrée à la fin de ma traversée solitaire du plateau, hier. Nous (Andrea et moi) traversons le petit village triste, prenons un peu d’eau (pour elle), un café et une bouchée (pour moi) et repartons… et croisons de nouveau Jürgen et Bernie, qui collationnaient à la sortie du village.

Nous nous arrêtons quelques instants, puis, à ma surprise, Andrea préfère repartir avec moi qu’avec les Allemands! Quelques instants après, je comprends pourquoi: elle a senti de la condescendance dans un commentaire de Jürgen, qui lui a expliqué qu’il avait enlevé ses bas pour les faire sécher, pour éviter les ampoules…

Or, elle sait tout ça. En fait, elle sait plein de choses, d’une part parce que son mari est prof de sport et thérapeute sportif (je l’apprendrai plus tard), ensuite parce qu’elle est médecin interniste, spécialiste des urgences et des protocoles antibiotiques dans un hôpital universitaire du nord de l’Allemagne.

(N’empêche… marcher et jaser avec Eugénie, puis marcher et jaser avec une médecin interniste… je me sentais étrangement en pays de connaissance…)

Andrea a décidé, en arrivant à Boadilla del Camino, d’affronter une de ses peurs: elle a pris un lit à l’albergue, plutôt que dans un machin plus chic; elle me dit que c’est sa première albergue. Par contre, en me voyant boire de l’eau du robinet, elle me dit que je suis un héros!

Elle est très drôle. J’espère avoir une histoire à raconter… Mais je peux tout de suite dire que ses remarques sur le fonctionnement des soins en Allemagne me faisaient penser à des récits que j’ai déjà entendus. Si elle vient à Montréal, je sais avec qui je vais lui suggérer de souper.

English digest: there are surprises every day on the Camino, most are very pleasant.

Souper à Hontanos (histoire de Manuel et Svetlana), 31 mai 2017

… Dans trois semaines, je serai en train d’écouter ma cousine chanter…

Mais avant, je suis curieux de voir ce que le Camino va m’apporter d’autre…

Donc, comme je disais, deux, non, trois Québécoises ici, ce soir: Eugénie, Nathalie et Nathalie. Les deux premières sont amies d’adolescence et se promettaient de faire le Camino depuis deux ans au moins. La troisième travaille au même endroit que la seconde, elles s’en sont aperçu par hasard en jasant ce soir. Les deux premières prennent leur temps, je doute de les revoir; la troisième se lève un peu plus tôt que les Allemands, j’ai de fortes chances de la retrouver en chemin.

Ensuite, je suis allé souper plus vers le centre, à l’endroit où je m’étais arrêté tantôt.

Grande table, nationalités variées, paëlla géante, vin, salade, dessert… Et deux récits de Manuel, l’aubergiste: le premier porte sur l’histoire de la paëlla, le second, sur sa propre histoire. Il m’a permis de la reprendre; j’espère ne rien oublier.

Un jour, il s’est trouvé fatigué de vivre de petit contrat en petit contrat, trois mois ici, un an là… à faire des boulots qui ne l’intéressaient pas tant que ça, voire pas du tout. Il a quitté son emploi, fait son sac et est parti sur le Camino. Pas pour se trouver une job, mais bien pour se trouver lui-même.

Le long du chemin, il est passé par une auberge dont les valeurs lui ont plu. En revenant chez lui, à Barcelone, il est allé voir sa famille pour dire à tout le monde qu’il les aimait beaucoup, mais qu’il repartait faire sa vie sur le Camino. Il est retourné travailler à cette même auberge.

Un jour, une pèlerine Bulgare est passée, Le courant s’est tout de suite établi entre eux. Le lendemain, elle est repartie, en disant qu’elle reviendrait peut-être. Manuel s’est mis à compter les jours, puis s’est éventuellement dit qu’elle arriverait probablement… demain! Mais Svetlana avait marché deux fois 44 km par jour, elle est arrivée le soir même! Manuel nous a dit que ses sentiments étaient comme un cheval en folie!

Svetlana est repartie… puis revenue un mois et demie plus tard, avec un sac à dos plus gros… Ils ont travaillé ensemble à l’auberge, puis se sont ouvert un café, puis un autre, puis finalement l’auberge où ils sont présentement, à Hontanos.

Il nous a parlé de ce que pouvait être le Camino pour chacun d’entre nous, en utilisant une image: une roche dans la rivière, qui fait une onde qui s’élargit. Il nous souhaite, tous ensembles, de créer une onde de plus en plus large, de plus en plus englobante, un peu à l’image de ce souper partagé entre plusieurs nationalités, entre des frères et sœurs humain(e)s.

Puis ili a chanté, en s’accompagnant juste de ses mains… c’était émouvant!

Avant de partir, je lui ai posé une question… J’ai entendu parler, de source sûre, d’un pèlerin qui, après avoir vomi toute la nuit, n’a même pas osé demander rester à l’auberge où il était, passé 8h (de qui en dit long sur la solidité de la culture de la sortie obligatoire lorsque c’est l’heure!); que ferait Manuel?

Il a eu l’autre jour quelqu’un qui avait une migraine trop forte pour pouvoir partir; il l’a gardé, le temps nécessaire. Il m’a dit aussi qu’il ferait ce qu’il peut faire, dans un cas grave, et que s’il ne pouvait rien faire, il s’occuperait de faire venir les secours compétents.

Ça me rappelle que Jésus a dit, il me semble, que le Shabbat a été inventé pour l’humain, et non l’humain pour le Shabbat, ou quelque chose du genre…

… Pour voir Manuel et Svetlana, passez à l’Hostal Fuentestrella!

… Et à l’Albergue Juan de Yepes (excellent dodo)

English digest: had paëlla, a story and a song, all very moving.

Étrange leçon…

Aujourd’hui, j’ai rencontré quelqu’un qui est dur d’oreille… et qui parle, systématiquement, lorsque je lui adresse la parole…

J’ai compris certaines choses, je crois…

Toi qui me lis, oui, toi, mais aussi toi, toi, et toi… Je t’ai fait la même chose, des fois, n’est-ce-pas?

Mes excuses…

English digest: sorry!