Esquissé passé, Atapuerca, 29 mai 2017

Gerhard raconte que c’est son quatrième Camino…  Je traduis et paraphrase un tout petit peu:

-… Et nous avons rencontré tellement d’anges sur le Camino, Andreas, Heike, [un autre convive dont j’ai oublié le nom], ma femme…

-Vous vous êtes rencontrés sur le Camino?

-Oui!… [je sens qu’il diverge un peu] Notre Camino dure depuis 33 ans. Et, après-demain, ça va faire 31 ans que nous sommes mariés!

Sigrid, sa femme, intervient:

-Non; c’est demain!

Cadeaux du Camino (29 mai 2017)

Ce midi, juste avant la pluie et le ciel bleu, il y a eu Angel, le tenancier du café à San Juan d’Astorga, qui m’a expliqué comment reconnaître la cuisine locale: c’est celle que les gens du pays mangent, pas seulement les touristes. Il m’a aussi dit un truc pour trouver un bon resto, bon rapport qualité-prix: aller là où les camionneurs mangent. Ça m’a fait penser à mon père, qui avait appliqué ce truc avec succès, quelques fois…

Ce soir, juste comme je me préparais à aller au resto en face de l’albergue, une jeune fille arrive et me demande si j’ai faim? Ben, euh, oui, quoi? Parce que nous avons des spaghettis en trop; aimez-vous les spaghettis? Euh, ben, euh, oui… Faut juste les réchauffer mais il y a un micro-ondes…

J’en reviens à peine… Me voici avec une casserole pleine de spaghettis en main… Je transfère le tout dans une assiette creuse et me cherche une place. Une tablée d’Allemands me voit et me fait signe de les rejoindre. Ils m’offrent du vin, en plus! Et, à la fin du souper, mon assiette disparaît et la vaisselle est faite sans même que je m’en sois aperçu!

Et c’est eux qui m’ont donné les deux histoires suivantes…

Atapuerca, fin d’après-midi du 29 mai 2017

Il y a un site archéologique à deux km d’ici, mais je n’ai plus le courage de marcher jusque là!

À la place, il y a, dans l’albergue, le Father Joyful, que j’ai pris en photo parce qu’il me fait penser à Philippe Mius d’Entremont. Quand je lui ai dit qu’il me faisait penser à un ami violoncelliste, ça l’a surpris: la plupart des gens qui le prennent en photo trouvent qu’il a l’air d’un « vrai » pèlerin… Ça doit vouloir dire que Philmius a l’air aussi d’un pèlerin…

… Un « père » qui tire au tarot et raconte des histoires pour payer son voyage par donations…

Je sens qu’un dialogue entre Philippe, le Prince du Malaise, et lui, le Père au Tarot, serait délicieux.

English digest: Father Joyful is a sight to see, a bit like my friend Philippe.

De Villambistia à Atapuerca (10e étape, lundi 29 mai 2017)

Alors, ce matin, j’ai fait lire à Lorena une partie de ce que j’avais écrit hier, puis un groupe de voyageurs français est arrivé, elle a été occupée pour un moment alors je suis parti, après un très bon déjeuner.

Première aventure: je m’arrête pour un café à Villafranca, au dernier point avant la montée des Montes de Oca: une boutique pour pèlerins jouxtant l’hôtel San Anton Abad, construit dans une abbaye du moyen-âge. « Hôtel de charme », comme dit le Petit Futé. C’est vrai que c’est chic…

Mais, comme partout en Espagne, il y a des minuteries aux lumières des toilettes… Or, certaines choses ne se font pas qu’en quelques secondes… Alors, j’actionne quelques fois la lumière, ou plutôt la minuterie de la lumière…

Pour me retrouver dans le noir lorsque je retourne dans le café! Il n’y a plus personne, une énorme poutre ferme la porte! J’ai littéralement été oublié dans les chiottes!

Je traverse le chic hôtel pour ressortir quelques mètres plus bas que j’étais entré; ça m’a quand même rappelé l’aventure de Tina, le premier matin en Espagne!

Ensuite, il y a eu l’esquissé passé de ce matin, puis le monument aux morts de la guerre civile, puis une rencontre avec Kap Soo; peut-être la dernière, puisqu’elle va prendre le bus de Burgos à Léon (elle a déjà marché quelques jours autour de Léon).

Quelques mots, quelques pas ensemble, au hasard de deux rencontres, avant et après une petite pause dans le bois (là où une jolie rousse tendait des hamacs en tentant de calmer son chien qui jappait comme un dingue).

Elle a lu mon texte sur elle et l’a aimé. Nous reparlons de notre discussion de la veille sur la peur, les peurs. Je lui raconte le nœud défait dans mon pied gauche. Elle me dit qu’elle a réfléchi à notre discussion, elle aussi. Elle me cite un prêtre qui lui donnait en exemple certains mets coréens, qui doivent sécher dans leurs pots en céramique. Or, pour qu’ils sèchent, quelqu’un doit lever le couvercle; les pots ne peuvent pas lever le couvercle eux-mêmes. Je ne suis pas certain où elle veut en venir, mais j’aime l’image. Elle me demande si je crois que le Camino va me changer; je crois que c’est déjà commencé. Je lui demande ce qu’il en est pour elle. Elle me parle de ses peurs, qu’elle veut confronter. Je la trouve courageuse, elle me répond que non; qu’en fait, elle essaie d’éviter ses peurs, le plus loin possible.

Je suis ému.

Nous prenons congé.

J’arrive à San Juan d’Astorga à peu près en même temps que Dena, Jo et Sandra. À midi douze, il pleut et fait soleil en même temps, ciel bleu sur nos têtes! Nous prenons un remontant (café et sandwich pour moi, tonic ou bière pour elles) et repartons. Je m’aperçois, une fois rendu à Agés, que j’ai marché pas mal  moins vite que le matin: elles sont sur mes talons! Je continue jusqu’à Atapuerca. Mon pied gauche, qui était redevenu mon ami, me dit que ça suffit, alors je me trouve un lit à l’albergue puis une bière et du wifi pour écrire.

English digest: walk in the mountain and in the forest at the same time, chat with Kep Soo, I will miss her. Pleasant day, not too hot and finally it didn’t rain.

Carnet de route, Montes de Oca, 29 mai 2017

Le Camino del Norte, qui longe vaguement la côte du Golfe de Gascogne, passe par Guernica. Le Camino Francés, lui, passe par les Montes de Oca. Le lien?

J’écrivais hier sur la nouveauté relative du Camino actuel et sur les décisions qui lui avaient donné lieu… Par exemple, reconstruire les grandes routes en les déplaçant de quelques km, quitte à réutiliser les tracés des anciennes routes pour le Camino…

Mais bon; libérer le cours des anciennes routes ne suffit pas forcément toujours, il a parfois fallu réaménager ou élargir des sentiers existants. Comme aux Montes de Oca.

C’est comme ça qu’a été découverte une fosse commune de quelques dizaines de victimes de la guerre civile espagnole: en élargissant le sentier.

… Et je songe, depuis tantôt, à la cruelle ironie d’enterrer anonymement des républicains, probablement communistes, le long du Camino vers Santiago. Au moins, il n’y a pas d’énorme croix sur le site.

… Ça m’a tout de même fait penser à mon dégoût, lorsque j’ai vu l’épée de Franco dans le trésor de la cathédrale de Tolède…

… Ça m’a aussi fait penser à cette époque où une réaction totalitaire a pris le pouvoir dans trop de pays en peu de temps…

English digest: civil war sucks.

Esquissé passé, Montes de Oca, 29 mai 2017

Je les vois jaser et prendre un peu d’eau avant un faux-plat au début de l’ascension des Montes de Oca. Ils commencent pratiquement à la même vitesse, puis l’homme prend de l’avance, un petit peu. Je rejoins et dépasse la femme vers la fin du faux-plat, dans le virage vers une montée plus sérieuse. Salutations, je constate qu’elle est Française.

Clang, clang… le bruit de mes bâtons de marche qui se rapproche fait se retourner l’homme, dans la montée. Il se contente de jeter un coup d’œil, la femme est là, derrière, ça lui suffit, il se retourne et reprend la montée.

Clang, clang… Le son de mes bâtons lui donne des ailes et la distance entre nous cesse de diminuer…

Loin derrière, une voix féminine:

-Philippe?

-Oui? [il se retourne, pas moi]

-Tu veux pas faire une pause, là? [pas certain d’avoir bien entendu]

-Oui.

Il s’arrête sur le côté et ne retourne pas ma salutation.

Esquissé passé (déjeuner à Villafranca, 29 mai 2017

Il y avait un couple d’Argentins, à l’hôtel hier soir et ce matin; leur façon de prononcer « tortija » plutôt que « tortiya » valait le meilleur passeport. Je les ai rejoints et dépassés dans la petite descente entre Espinoza del Camino et Villafranca- Montes de Oca.

Elle marchait en premier, récitant son chapelet, ne portant pratiquement aucune charge; il suivait, portant vaste sac et marmonnant à la suite. J’ai reconnu un Ave Maria en espagnol.

Carnet de route (et une recommandation), 28 mai 2017

D’abord, un Esquissé passé qui remonte à la Navarre, que j’ai oublié de retranscrire à la bonne date:

-I don’t wanna make the wrong mistake!

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Ensuite, un délicieux fou rire, la fois où je me suis mélangé entre le tapis de bain et la serviette de douche…

– – –

Une curieuse vignette, ce matin, lorsque j’ai vu un chauffeur monter en slip (bleu azur) dans son camion de transport de bétail rempli de porcs…

– – –

Un rare moment de mauvaise humeur contre la splendide Albergue de Santo Domingo, qui se vante d’être la plusse meilleure du Camino, dont les murs sont tapissés de règlements à plus finir, qui n’est pas foutue d’équiper ses toilettes de serviettes à mains… Sans la vanité de la plusse meilleure, je n’aurais rien dit.

… Ce qui me fait penser que j’ai oublié de transcrire un récit de Jürgen, au sujet du plusse meilleur pays du monde… Si j’oublie, faites-moi signe…

– – –

Ma mère a réagi à ce que j’ai écrit sur le peu de contacts entre les Espagnols et les voyageurs du Camino. Je veux revenir sur ce sujet.

Nous passons, à pied, sur un chemin neuf, en vérité, qui reprend un ancien héritage, oui, mais, bon, comment dire…

Oui, il y a ces auberges qui remontent à bien avant la fondation de Montréal, oui, il y a ces ruines d’églises et de couvents, oui, il y a ces ponts du Moyen-Âge, mais…

Mais il y a surtout eu une décision, ou une série de décisions, politiques et économiques, municipales, régionales, nationales, européennes, pour relancer le Camino, comme une entreprise de voyage qui ne soit pas totalement touristique, mais quand même un peu, mais pas vraiment…

Enfin; ça donne des auberges retravaillées, rénovées, reconstruites, construites à neuf (de toute manière, plus personne ne voudrait d’un hébergement de type moyen-âge, même pas les tenants du régime paléo!), un balisage et une qualité des chemins qui va de passable à excellent, avec, parfois, des tronçons des anciennes routes qui servent de voies de passage.

Et c’est le premier point auquel je veux venir. Le Camino relie plusieurs villages que la route moderne a tendance à superbement ignorer. Il se développe un lien essentiel entre ces villages remplis de maisons à vendre, plus ou moins en ruine (j’en ai vu une dont ne restait que la façade!) et le Camino: les villages n’existeraient pas sans lui, et il n’existerait pas sans les villages.

Et encore, c’est fragile: les compagnies d’autocars proposent des forfaits pour ceux et celles qui veulent se sauver des étapes; même la poste officielle (Correos) concurrence les entreprises privées en proposant le transport des bagages entre une étape et l’autre pour 4 euros, moins que les 5 euros des cars.

Donc, pour bien des gens, le Camino et ses gens sont un genre de mal nécessaire. Juste à repenser à l’aventure du premier matin, qui est survenue dans une albergue tenue essentiellement par des bénévoles.

En fait, trop souvent, nous, les voyageurs, sommes bienvenus, tant qu’il reste quelque chose à payer. Après, ben filez, pis c’est toutte.

Trop souvent, mais pas partout. Et voici ma recommandation.

Lorsque mon pied gauche m’a signifié qu’il était temps que je me pose, je me trouvais devant la Casa de los Deseos, comme je l’écrivais plus tôt. J’ai demandé au patron si c’était une albergue, il m’a dit non et m’a expliqué le chemin vers la « vraie » albergue, je lui ai demandé de l’eau, il m’en a offert… et je suis resté, à sa surprise et un peu à la mienne, charmé par le nom de l’endroit.

Mais ensuite… Une fois ma lessive faite, Javier, le patron, est allé l’étendre lui-même. Puis, lorsque la pluie a menacé, il l’a rentrée pour qu’elle finisse de sécher à l’intérieur. Il a noté ma commande pour souper, le tout a été préparé presque à l’heure (je me suis peut-être trompé dans mes chiffres espagnols…), c’était excellent! J’ai eu droit à une petite prime, parce que les poitrines de poulet aux poivrons n’étaient plus disponibles et, comme nous sommes dimanche, il ne pouvait pas en racheter… Alors il m’a fait des poivrons pour aller avec le poulet rôti.

L’hôtel existe depuis un an et demie et Javier et Lorena (parents du petit Lucas) se démènent pour que les clients se sentent le mieux possible, mais aussi pour les gens du village. C’est, depuis mon départ, non seulement le meilleur hôtel que j’aie fréquenté pour la qualité de tout, mais aussi le meilleur rapport qualité-prix, le seul endroit où les Espagnols et les voyageurs sont non seulement également bienvenus mais même traités vraiment à égalité. Ici, nous ne nous ferions pas foutre dehors à huit heures! Javier m’a même dit qu’on pouvait rester jusqu’à midi si on voulait.

Tout ceci pour dire que je recommande chaleureusement cette destination à tous les voyageurs qui passent dans le coin.

Vous leur direz salut de ma part!

 

English digest: go to Casa de los deseos. Enjoy. Repeat if needed.

 

Histoire de Dena (Villambistia, 28 mai 2017)

À la Casa de los Desios, il y a des Espagnols, un Allemand qui a marché depuis Constance en six ans et trois Canadiennes de Nouvelle-Écosse.

Dena me demande quand j’ai commencé ma marche, puis me parle de la sienne… Elles sont parties avant moi, le 18 mai, sont allées à Aurisson puis ont complété la traversée dans la terrible pluie du lendemain.

Mais, avant de me dire tout ça, elle a dit que c’était son second Camino… Ah, oui?

Ben oui… Sa sœur a vu un film qui parlait du Camino, il y a déjà quatre ou cinq ans. Elle a demandé à Dina si elle aimerait le faire? Dena n’était pas sûre, elle en parlait avec son mari, qui doutait, lui aussi… Puis il est mort. La sœur remonte de la Floride où elle vit, demande à Dena ce qu’elle va faire, maintenant… Réponse: et si on faisait le Camino?

-Laisse-moi le temps de réfléchir…

-Ben c’était ton idée!

Et elles s’organisent et partent.

Sur les entrefaites, sa fille rencontre, en Nouvelle-Écosse, un Espagnol… dont la famille vit le long du Camino! Dena rencontre la mère du jeune homme, c’est la belle entente, elle est hébergée en passant.

Sur le chemin, Dena rencontre aussi un homme dont c’est le second Camino. Elle ne peut pas imaginer que quelqu’un puisse vouloir le faire deux fois… Il lui dit de juste attendre un petit peu…

Elle rentre à la maison et est vite capturée de nouveau par le tourbillon de la vie « normale ». L’espèce de paix, de simplicité de la vie du Camino lui manque.

Quatre ans plus tard, sa fille et Joaquin vont se marier… en Espagne, car la fille souhaite que tout le monde de la famille puisse découvrir d’où vient Joaquin. En tout, quarante personnes viennent du Canada pour les noces, qui ont eu lieu à Logrono il y a deux semaines.

Puis Dena retourne à Saint-Jean-Pied-de-Port avec ses deux amies, Jo et Sandra, pour faire le Camino. Elle se dit, bah, pourquoi pas perdre quelques livres, et en plus le printemps en Nouvelle-Écosse est pourri…

Mais, cette fois-ci, gros changement: Dena, qui est responsable de projets dans une firme de TI, était très planificatrice, l’autre fois… Mais, cette fois-ci, pas du tout. Elle ne sait pas combien de km elle a fait dans la journée… et elle s’en fout!

English digest: met three Nova Scotia ladies at the hostel. Chatting was fun and the chicken as excellent!

De Santo Domingo la Calzada à Villambista (9e étape, dimanche 28 mai 2017)

Alors, j’ai raconté le réveil, j’ai raconté la conversation avec K S, j’ai raconté les bobos et le yoga de marche… Que me reste-t-il? La conversation avec Denise, pour commencer…

Hier, j’avais échangé quelques mots avec elle, pour demander une traduction vers l’allemand. Très sympa, riante, mi vingtaine, vive… J’avais ensuite rejoint Bernie et Jürgen… Mais ceux-ci ont continué plus loin, je ne sais même pas jusqu’où, alors que Denise s’est arrêtée au même refuge que moi, la nuit dernière.

Nous nous sommes retrouvés à la sortie, ce matin. Je lui ai proposé de faire quelques pas ensemble, elle a refusé en s’excusant. J’ai répondu que pas de problème, même pas besoin de s’excuser, chacun son chemin, c’est très important. Elle est partie quelques minutes avant moi.

Je l’ai rejointe avant Granon, saluée en passant; elle m’a dépassé pendant que je buvais mon café instantané (dans un donativo qui s’appelait la Casa del Sonriso, vraiment genre youth hostel cheap, si j’ose m’exprimer ainsi) au son d’un mouvement lent de Concerto pour violon de Mozart (ça ne s’invente pas!).

Donc, à la sortie du village, je la dépasse de nouveau, pendant qu’elle se prend une banane en admirant les environs. Nouvelles salutations.

Puis je m’arrête pour un vrai déjeuner et un vrai café à Redecilla del Camino. Elle me dépasse de nouveau. Lorsqu’elle m’entend la rattraper, le long de la grand route (il y avait des policiers en embuscade, je marchais relativement vite, j’avais envie de leur demander un test de vitesse!), elle se retourne et engage la conversation.

D’abord, par des excuses… qui ne sont pas nécessaire, je la rassure sur ce point. La réassurance lui fait du bien: je n’ai senti aucune hostilité ni méchanceté ni rejet de sa part, ce matin. Elle m’explique qu’elle est partie de Saint-Jean-Pied-de-Port en pensant qu’elle devait faire cette marche toute seule, dans ses pensées, et que finalement, les premiers jours, elle avait été prise dans des tas de conversations… Elle avait dû apprendre à accepter les jasettes, d’une part, et à accepter de dire non lorsqu’elle avait besoin d’être seule, d’autre part (mon interprétation).

Nous parlons de vitesse, de lenteur, du temps disponible, de nos bobos (ben quoi…), je lui raconte l’issue surprenante de ma conversation avec K S…

Elle me dit qu’elle cherche à savoir qui elle est… sans entrer dans les détails. Ne veut pas parler de sa famille, mais parle des traumatismes passés… Je lui parle un petit peu de Boris Cyrulnik et de ses travaux sur les traumatismes portés (et transmis) par les enfants des traumatisés, même s’ils n’ont pas été traumatisés eux-même. Elle réagit vivement et me remercie chaleureusement. Je reprends ma route.

Je la revois brièvement à Belorado, où elle s’arrête pour la soirée; moi, juste pour dîner… dans un resto qui n’est pas encore totalement ouvert (service à partir d’une heure; à midi, tapas seulement), mais ça fait rien, c’est bon! La décoration du resto me fascine: il y a des horloges partout! Mon père aurait presque adoré ça; « presque », parce qu’elles ne sont pas toutes à l’heure!

Puis, mon pied reposé et le reste de mon être restauré, je suis reparti, en me demandant jusqu’où j’irais… et, avant le village suivant (Tosantos), c’est mon sac vert qui a abandonné le voyage. C’était un cadeau de mon père, ou de mes parents, je ne sais plus, qui m’avait accompagné dans tous mes voyages depuis, ahem, peut-être la fin des années 80…

Le long du Camino, il y a des bornes qui portent des cadavres de chaussures, en manière d’hommage… Enfin, il y avait, en Navarre et en Rioja; depuis la Castille-et-Leon, je n’en vois plus. J’aurais aimé y laisser mon sac…

Mais, au lieu de laisser mon sac, je suis tombé sur… La Casa de los Deseos… Chambre individuelle pas très chère (25 euros), douche et toilette dans la chambre, wifi (un peu lent, mais quand même…), souper à prix raisonnable et déjeuner sur place, machine à laver (youppi, je vais pouvoir remettre mes bas noirs dès demain!)… Je demande s’il y a une albergue « normale » au patron; oui, il y en a une, un peu plus loin… Je lui demande un autre verre d’eau… puis décide de rester. Le nom de l’endroit est vraiment trop joli. Et mon pied me dit que ça suffit comme ça pour aujourd’hui.

Douche magnifique, la meilleure depuis le début de mon voyage! Yoga restaurateur, le meilleur aussi! Demain matin, certainement pratique complète!

Mais, bref: si vous voulez m’écrire à la Maison des Désirs… il vous reste une douzaine d’heures 🙂

English digest: had interesting discussions with KS,  with Denise and with my left foot; had bad and good coffee, walked a lot (more than 30 kms) and am presently at the House of Desires… Can’t invent that!